Deep South (Scarred Tree)
Image commentée

En 1998, Mann retourna dans le Sud profond. C’était le premier d’une série de voyages qui allaient considérablement influencer son art. Se laissant guider, selon le conseil de Rilke, par la « conscience la plus profonde » plutôt que par l’entendement, elle se rendit en Alabama, en Louisiane et dans le Mississippi.

Un matin, elle se réveilla devant le spectacle d’un arbre splendide dans le jardin. Se souvenant de l’image intitulée Hêtre. Fontainebleau, du photographe français Gustave Le Gray, elle n’essaya pas de photographier l’arbre au sein de son environnement – le jardin et le pré adjacent –, ni même de le saisir en entier, avec ses branches et sa cime. Visant directement le tronc et les racines, elle composa un portrait qui faisait de l’arbre le « témoin silencieux » d’un autre âge et du paysage le berceau de la mémoire.

Si le hêtre de Le Gray possède la même solennité, la même tristesse ineffable et la même sagesse que l’arbre de Mann, il surgit du sol telle une apparition spectrale, comme s’il s’apprêtait à quitter le monde ; celui de Mann, en revanche, est fermement enraciné dans la terre et dans le présent, sa cicatrice témoignant, outre d’une blessure quasi mortelle, de son histoire et de sa survie.

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