Les artistes-chercheurs Jeremie Brugidou et Lia Giraud proposent, en prolongement de leurs textes réalisés pour PALM, deux conversations filmiques autour de plusieurs expérimentations menées avec le vivant lors de résidences et impliquant sa mise en images. Chaque film est construit par correspondance, mettant en évidence des espaces de pratiques et de réflexions communs aux deux chercheurs : l’observation et la manipulation du vivant, les contextes de création collaboratifs et interdisciplinaires, la recherche de formes et de récits renouvelant notre approche du vivant. Le choix d’un film sans voix humaine ni texte mais non silencieux pour autant, est une manière de restituer aux images du vivant leur langage initial : celui d’un monde perceptif vibratile, travaillé par les ondes, pulsations et rythmes du milieu habité.

Les sphères bioluminescentes de Jeremie Brugidou, installées dans le musée subaquatique de Marseille, initient la première conversation. À L’occasion d’une résidence à l’IMéRa (Université Aix-Marseille) et en partenariat avec le MIO (Institut Méditerranéen d’Océanologie), Jeremie conçoit une installation sous-marine multi-espèce. Les planètes bleues en suspensions dans l’épaisseur marine proposent un espace de curiosité partagée où l’humain·e s’intensifie en simple être-errant. Le délicat balancement des sphères bat le rythme de l’altération, au gré des égarements temporaires. Cette mystérieuse « lumière de la mer » fait écho aux expérimentations menées à Lizières (Épaux-Bézu) par Lia Giraud et le compositeur Mathias Durand avec l’algue marine Pyrocystis noctiluca dont la bioluminescence est naturellement activée par le mouvement des vagues, remplacé dans cette expérience par celui des ondes sonores. La bioluminescence fascine pour sa couleur bleue si particulière, largement exploitée par la faune océane mais rarement observée dans nos milieux terrestres. Le projet du miel bleu, pour lequel Lia Giraud s’est associée à Gabriel Laurent (réalisateur) et Arnaud Richardier (Apiculteur), s’inspire de faits réels survenus en 2012 à Ribeauvillé. Les apiculteurs constatent la production d’un nectar aux couleurs inattendues, révélateur des activités anthropiques. Cet incident, rapidement corrigé puis oublié par l’industrie agro-alimentaire, est volontairement prolongé par cette performance artistique. Elle esquisse de nouvelles formes de collaboration entre humain et non-humain, pour renverser les rapports d’exploitation et nos visions normatives du vivant. Les représentations sculpturales humaines qui peuplent le musée subaquatique de Marseille sont devenues, au fil du temps, des écosystèmes colonisés par une diversité d’êtres vivants. La déambulation des hommes-grenouilles, filmée par Jeremie Brugidou, corrobore l’évocation d’une humanité en transformation. La dernière séquence proposée par Lia Giraud est issue d’une résidence réalisée à l’IBMM (Université de Montpellier) avec le même duo, précédemment cité. Utilisée en laboratoire pour la production de ses œufs sphériques de grande taille, la femelle Xénope peut être considérée comme l’icône maternelle d’espèces chimériques futures. Ses ovocytes sont en effet utilisés pour l’expression du matériel génétique de multiples espèces animales et humaines. De bleu en bleu et de sphères en sphères, un mode de vision s’active par intractions réciproques, de proche en proche, vers la continuité d’un lointain. Aura de la vision.