Projection
Suspiria
De Stan Douglas
Du 27 novembre 2026 au 09 janvier 2027
Jeu de Paume - Paris
Le titre de l’œuvre reprend celui du film d’horreur de Dario Argento sorti en 1977, réputé pour sa riche palette saturée caractéristique du Technicolor déclinant. Pour réaliser « Suspiria », présentée comme installation à la Documenta 11, Stan Douglas installe des caméras de surveillance commandées par ordinateur et filme les couloirs labyrinthiques de l’Hercule, cette gigantesque tour octogonale érigée à l’aube du XVIIIe siècle à Kassel et couronnée d’une imposante statue du héros antique.
Le flux d’images en noir et blanc est superposé à de courtes scènes préalablement tournées avec des comédiens à Vancouver et tirées des Contes des frères Grimm. S’appuyant sur ces contes et sur l’œuvre de Karl Marx – tous auteurs allemands, appartenant à deux générations successives –, l’œuvre parle la langue des spectres, des sortilèges et des métamorphoses.
Les frères Grimm racontent des histoires dans lesquelles les relations sociales sont traversées par des forces magiques, capables de transformer les destins. Marx inaugure quant à lui, le Manifeste du parti communiste par une formule inquiétante : « Un spectre hante l’Europe », et introduit dans Le Capital des figures de l’imaginaire fantastique pour décrire les marchandises comme si elles étaient douées d’une vie propre.
Douglas réunit ces deux traditions, non pour les illustrer l’une ou l’autre, mais pour les mettre en tension et les ébranler mutuellement. « Suspiria » porte donc avant tout une réflexion philosophique sur l’échec du modernisme : la transformation y apparaît toujours comme possible, mais celle-ci reste sans cesse différée.