Info

Le Jeu de Paume – Paris est fermé. Réouverture le 10 octobre

Header img
Krabi 2562, 2019, Co-réalisé avec Anocha Suwichakornpong, 93 min, S16, couleur 1:1.66
© Ben Rivers et Kate MacGarry Gallery

Cycle de cinéma

Ben Rivers

Strates fantômes, et autres histoires

Du 14 au 26 novembre 2023

Jeu de Paume - Paris

Le Jeu de Paume consacre son cycle cinéma d’automne au cinéaste anglais Ben Rivers à travers la projection d’une sélection de ses films.

Né à Somerset et résidant à Londres, Ben Rivers a produit une quarantaine de films en seulement vingt ans d’une carrière prolifique. Multipliant les collaborations de part et d’autre de la caméra, Rivers a su fabriquer un univers reconnaissable par son usage artisanal du medium film, ainsi que par son inépuisable curiosité pour des êtres et des communautés ayant choisi, à des degrés divers, de tenir la société à distance pour inventer des modes de vie autonomes, des mondes hermétiques et des relations singulières au temps.

Formé à la sculpture avant de se tourner vers la photographie et d’apprendre en autodidacte à réaliser et à développer la pellicule 16mm, il subvertit les codes du cinéma ethnographique et du documentaire avec humour et inventivité au profit de fables et de spéculations inquiètes et joyeuses. Lecteur insatiable, il puise souvent dans la littérature fantastique ou dans la science-fiction, quand il ne collabore pas directement avec des écrivains, la matière à partir de laquelle rebâtir des mondes nouveaux sur les ruines de l’ancien.

Mais qu’il s’agisse de variations sur des archétypes cinématographiques, de portraits de personnes et de communautés en marge de la société, de fictions spéculatives maquillées en études ethnographiques, ou de fables narrant la création ou la destruction de mondes, il est toujours possible de reconnaître en creux une forme singulière de journal ou d’autofiction. Dans Ghost Strata (2019), une cartomancienne, interrogée sur ce qu’il pourrait faire de son film, lui répond que comme tous les autres, celui-ci parlera de lui, avant de tirer une carte dont le dessin interpelle le cinéaste : un homme s’y relève d’un mauvais rêve ou d’une insomnie, le visage plongé dans la paume de ses mains. Dans House (2005), une bougie flottante, trahissant la présence d’un fantôme, prend très nettement la forme d’un « i », ou d’un « je » minuscule. Et dans The House Was Quiet, dernier volet d’une trilogie informelle consacrée aux maisons hantées, un poème de Wallace Stevens finit de sceller les noces de l’écrit et de l’écran : « La maison était tranquille et le monde était calme. / Le lecteur devint le livre ; et la nuit d’été / Fut comme l’être conscient du livre. »

« Le contrechamp d’un monde qui se défait ou se dérobe est un individu mélancolique », écrivait Pierre Alferi dans son recueil sur le cinéma Des enfants et des monstres. On pourrait ajouter qu’il est toujours possible, quand le monde court à sa perte, de le retrouver par la fiction, et d’utiliser l’imagination à des fins de survie. Cette première rétrospective française de grande ampleur du travail de Ben Rivers ne cherche pas moins à récapituler l’une des œuvres les plus importantes du cinéma contemporain qu’à profiter de sa puissance régénératrice. Les présentations des séances de ce cycle ont ainsi été confiées à des autrices et des auteurs de fiction reconnus, dont les textes, inspirés chaque fois d’un ensemble de ses films, forment la matière d’un recueil de nouvelles (publié par Fireflies Press). Tout en dessinant un panorama de la littérature contemporaine aimée par Ben Rivers, ce livre et ce cycle invitent à habiter ses mondes et à continuer d’en fabriquer avec lui.