Cycle de cinéma
Hinterland et Le Bruit du canon
de Marie Voignier
Dimanche 12 avril 2026 • 14:30
Jeu de Paume - Paris
Séance présentée par Jacopo Rasmi, maître de conférences en arts visuels
Hinterland
À 70 kilomètres de Berlin, un immense dôme métallique abrite un parc tropical factice, « Tropical Islands ». La végétation est luxuriante, les lagons sont bleu turquoise, la température est contrôlée. Un paradis reconstitué. Marie Voignier filme ce lieu implanté dans une ancienne base militaire soviétique. Les touristes déambulent sous un ciel peint. Le « vivant » est devenu un décor, une marchandise de plus. Il constitue une illusion à consommer. Marie Voignier révèle notre désir de domestiquer la nature jusqu’à l’artifice absolu. Nous la voulons exotique mais aseptisée. Dépouillée de toute sauvagerie, elle n’est plus, dès lors, qu’un objet de musée. Mais à l’extérieur de « Tropical Islands », la réalité est plus rude. Les paysages sont quasi désertiques. Ils sont hantés par les fantômes de l’ex-RDA, qui affleurent sous les témoignages des habitants de la région. Ils composent l’arrière-plan très présent de ce film à double fond et à l’humour très froid.
France, 2009, couleur, 49 min, vo st fr
Le Bruit du canon
Chaque hiver, un nuage noir envahit Locarn, en Bretagne. 500 000 étourneaux arrivent d’Europe de l’Est. Ils dévastent les cultures. Ils pillent les exploitations. Les agriculteurs tentent de faire face, avec des canons à effarouchement, des coups de feu, l’enfumage. Mais rien n’y fait. Les oiseaux continuent à exécuter leurs chorégraphies au crépuscule. Marie Voignier place sur le même plan les humains et les animaux. Comme dans Hinterland, elle explore notre rapport schizophrène au vivant, ici recréé sous la forme d’un simulacre, là perçu comme un phénomène invasif. Marie Voignier dévoile cette contradiction : nous voulons défendre la nature mais au fond, nous ne la supportons que maîtrisée.
France, 2006, couleur, 27 min, vf
Textes de Benoît Hické