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Laila Hida
Sange Khara

Exposition

LAILA HIDA

La nuit américaine

Du 19 juin au 08 novembre 2026

Jeu de Paume - Tours

L’exposition La nuit américaine propose d’interroger la manière dont les mythes contemporains se fabriquent et se stabilisent à travers des dispositifs visuels, narratifs et spatiaux qui participent activement à la production du réel.

Elle s’inscrit dans le projet au long cours Le Voyage du Phoenix, une exploration sensible et critique des constructions imaginaires liées aux paysages d’oasis, entre mémoire coloniale, désir d’exotisme et reconfiguration contemporaine du regard.

Pensé et porté par l’artiste marocaine Laila Hida, ce projet examine les mécanismes de fabrication des représentations à travers la photographie, la littérature et le cinéma, en mettant confrontant les récits hérités du XIXe siècle avec les réalités d’aujourd’hui.

Cette exposition constitue un moment charnière du projet : pour la première fois, les outils mêmes de la fabrication du mythe y sont exposés, disséqués et mis en tension. Dans ce contexte, le cinéma apparaît comme une matrice centrale, un modèle de construction du regard et de mise en forme du monde.

Le parcours de l’exposition met en lumière la manière dont les images circulent entre différents champs de production — cinéma, publicité, tourisme, architecture ou aménagement urbain — et contribuent à fabriquer des paysages qui semblent naturels alors même qu’ils relèvent d’opérations de recomposition. Les œuvres présentées explorent ces passages et ces glissements, révélant comment certaines images deviennent des modèles qui façonnent notre perception des lieux.

Archives, objets, fragments de films et structures scénographiques composent un dispositif qui rend visibles les différentes couches de fabrication de ces imaginaires. L’exposition donne à voir les processus de transformation et de traduction qui opèrent entre document et fiction, entre mémoire et mise en scène, entre original et copie. Ce jeu de déplacements met en évidence la manière dont les récits visuels se construisent, se répètent et se transmettent, jusqu’à produire des formes familières qui semblent aller de soi.

Cette approche entre en résonance avec les analyses de Jean Baudrillard sur le simulacre et l’hyperréalité, où l’image ne renvoie plus à un référent stable mais s’inscrit dans un système autonome de signes, capable de produire sa propre cohérence. Elle convoque également une réflexion plus large sur les régimes de visibilité hérités de l’histoire coloniale et sur l’économie de l’exotisme, dans lesquels certains récits s’imposent tandis que d’autres sont effacés, simplifiés ou folklorisés.

En exposant ses artifices, La nuit américaine transforme l’espace d’exposition en un lieu d’observation critique des images. La fiction y devient un outil d’analyse capable de révéler l’architecture du réel. Dans ce jeu de dévoilement, le mythe n’apparaît plus comme une simple construction symbolique du passé, mais comme une structure active du présent, qui continue de façonner les paysages, les récits et les imaginaires contemporains.

Procédé technique du cinéma consistant à transformer artificiellement le jour en nuit, la nuit américaine devient ici une métaphore opératoire : celle d’un monde rendu lisible, crédible et partageable par l’artifice. Ce renversement éclaire un principe fondamental de la culture visuelle contemporaine : les images, les paysages et les récits ne précèdent pas l’expérience, ils la conditionnent et la structurent. À travers la photographie, le film analogique, la vidéo et l’installation, l’exposition révèle ainsi les mécanismes de cadrage, de montage, de répétition et de circulation qui transforment progressivement des territoires en décors et des histoires en formes narratives stabilisées.