Cycle de cinéma
Un peu comme un miroir, Les Fantômes et Le terrain était déjà occupé (le futur)
de Marie Voignier
Vendredi 17 avril 2026 • 18:30
Jeu de Paume - Paris
Un peu comme un miroir
Dans un hôpital psychiatrique, un homme parle. Son récit, traversé de fulgurances et de ruptures, déroule une pensée en mouvement. La caméra ne tranche pas : elle accueille. L’espace mental devient un territoire à explorer. Il est habité par les voix et les souvenirs. Comme dans Le terrain était déjà occupé, le film interroge la capacité des mots à (re)construire le réel. Ici, c’est l’esprit qui aménage son propre paysage. Marie Voignier observe avec une même attention la parole comme geste de pouvoir et aussi de résistance.
France, 2012, couleur, 17 min, vf
Les Fantômes
Marie Voignier nous présente ici une entreprise très spéciale : des chômeurs en formation s’y exercent à reproduire fidèlement les rituels d’une « vraie » entreprise – réunions, appels téléphoniques, commandes – sans jamais rien produire. Ce théâtre du travail, minutieux et vain, révèle la violence sourde des mécanismes sociaux. La caméra observe ces employés fantômes qui simulent une productivité de la façon la plus absurde qui soit. La cinéaste interroge ainsi la frontière entre réalité et simulation. Avec ce film de fin d’études, elle expose déjà un système où le travail, vidé de sa substance, devient pure performance.
France, 2004, couleur, 14 min, vf
Le terrain était déjà occupé (le futur)
Sur une vaste étendue d’herbes et de ruines, arpentée par une équipe de cinéma au travail, un géomètre, un paysagiste et une urbaniste dessinent un quartier à venir. Rien n’existe encore mais tout est déjà tracé dans les discours. La caméra, patiente, observe ce moment où le territoire devient projet, où la parole prend le pas sur la matière. Ici, Marie Voignier saisit la fabrication du futur comme un théâtre de langage. Le film révèle la puissance du récit dans la transformation du monde : l’espace est conquis d’abord par les mots puis par les plans. Ce terrain déjà « occupé » nous rappelle que tout projet commence par une prise de pouvoir sur l’espace.
France, 2012, couleur, 17 min, vf
Texte de Benoît Hické