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Le Jeu de Paume – Paris est fermé jusqu’au 28 septembre 2024 en raison des JOP de Paris 2024. Le Jeu de Paume – Tours est ouvert.

Coup d'oeil : image et mode
Crédit photo : François Kollar, Escalier chez Chanel,1937. Donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

Image et mode

Coup d'oeil #5

Pendant tout le mois de janvier, on vous parle des liens entre « image » et « mode ». Au programme : des images commentées, des reco lecture et ciné et bien d’autres surprises…

L'édito

Hypothèse: si un archéologue du futur devait reconstituer l’évolution de la photographie au XXe et XXIe siècles, a partir des seules images de mode – tout le reste ayant disparu – il le pourrait sans doute. Incomplètement certes, mais avec tout de même nuance et diversité, tant la photographie de mode a été traversée et nourrie par des influences extérieures. Par des mouvements artistiques, du surréalisme (Dora Maar, Horst P. Horst, Erwin Blumenfeld, Man Ray, Tim Walker) au Pop Art (William Klein); par des genres photographiques autres: photoreportage (Martin Munkácsi), photographie de rue (Richard Avedon, Frank Horvat), narration et mise en scene (Helmut Newton, Guy Bourdin, Ellen von Unwerth) , esthétique du ‘snapshot’ amateur (Juergen Teller, Wolfgang Tillmans), ou du paparazzi (Steven Meisel), portrait de studio (Adolf De Meyer, Irving Penn, Richard Avedon, Julia Hetta); par des techniques variées enfin, Polaroïd (Paolo Roversi, Sarah Moon), smartphone (Nick Knight), etc…

’L’homme qui ne voit que la mode dans la mode est un sot’ écrivait Balzac dès 1830 dans son Traité de la vie élégante. La photographie de mode est un monde en soi, avec ses lois, ses codes, ses stars – ce qui ne veut pas dire un monde fermé. Reflet parfait de l’esprit du temps, le bon cliché de mode est un paradoxe : à la fois une image immédiatement signée (un ‘Newton’, un ‘Moon’, un ‘Avedon’) et pourtant pleinement collective- impliquant, par delà le seul photographe, un créateur, un mannequin, un styliste, un directeur artistique… C’est surtout un exercice à haut risque pour lequel le temps est un juge impitoyable, faisant basculer les unes dans le kitsch et le second degré, et élevant les autres au rang d’énigmes entêtantes. Et si l’on devait bâtir un imaginaire collectif de la photographie des cent dernières années la photographie de mode s’y taillerait sans doute – à côté du photoreportage- la part du lion.

— Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume