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Mi piel, luminosa [Ma peau, lumineuse]
Mi piel, luminosa [Ma peau, lumineuse] Coréalisé avec Lázaro Gabino Rodríguez, Mexique/Canada, 2019, HD, couleur, son, 40 min

Cycle de cinéma

Les variations de Nicolás Pereda

Projections, rencontres et théâtre

« ¿Tú también eres actor? » (Es-tu aussi acteur ?), demande Gabino à Paco lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois dans Fauna (2020). Cette question pourrait être le leitmotiv du cinéma de Nicolás Pereda, où le doute ne cesse de planer entre documentaire et fiction. La quinzaine de films réalisés par le cinéaste mexicano-canadien né en 1982 semble vouloir souligner la part de construction théâtrale et de mise en scène qui réside dans toute action humaine.

La plupart des intrigues, bien qu’elles puissent provenir de faits divers ou d’une télénovela, laissent transparaître l’intérêt de Pereda pour les problématiques politiques et économiques, les oppositions de classe, les schémas sociaux et les relations familiales dans la société mexicaine. Ses films dépeignent un monde au prosaïsme terne où il ne se passe pas grand-chose. Ils se déroulent dans un temps immobile où les gestes n’ont pas d’effet, où les échanges sont improductifs ou futiles. Ils nous confrontent à l’incertitude de nos existences à travers des personnages désœuvrés, des dialogues dépouillés, des histoires irrésolues et imprédictibles. Si nous-mêmes ne savons pas qui nous sommes, pourquoi un personnage devrait-il le savoir ? s’interroge le cinéaste.

Pereda conçoit la production cinématographique comme une expérience à taille humaine entièrement entremêlée avec la vie. On se demande si les acteurs et actrices ne jouent pas leur propre rôle. Ils incarnent en effet des protagonistes portant leur vrai prénom – Teresa Sánchez, Francisco Barreiro, Lázaro Gabino Rodríguez, Luisa Pardo – et dont la personnalité reste étroitement liée à la leur.

Le cinéaste recourt à de longs plans-séquences au réalisme cru, troublant et parfois comique. Rompant avec cette impression de banalité, une prise de recul s’opère alors qu’il s’écarte de la logique narrative conventionnelle en incluant des incohérences, des répétitions, des variations de rôle ou des récits parallèles, souvent biographiques ou littéraires. Pereda parle un langage hybride qui convoque le documentaire et la fiction pour en brouiller les frontières et explorer les limites de la narration et la crédibilité du cinéma.

« Les variations de Nicolás Pereda » retrace l’évolution de la carrière du réalisateur à travers la quasi-totalité de ses films, projetés en sa présence et celle d’Andrea Bussmann et Lázaro Gabino Rodríguez, avec lesquels il a collaboré. Le cycle inclut également une carte blanche offerte par Pereda à des cinéastes de sa génération ainsi qu’une performance de Lagartijas tiradas al sol, troupe de théâtre dont font partie plusieurs de ses acteurs et complices. Ce cycle constitue l’occasion inédite de découvrir à Paris cette œuvre qui nous encourage à retrouver le mystère et la magie dans l’absurdité du quotidien.

Marta Ponsa

Programmatrice : Marta Ponsa