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Gordon Matta-Clark, Bronx Floor: Boston Road, 1972. Courtesy The Estate of Gordon Matta-Clark et David Zwirner, New York / Londres / Hong Kong. © 2018 The Estate of Gordon Matta-Clark / ADAGP, Paris

Archive magazine (2009 – 2021)

Gordon Matta-Clark, Bronx Floor: Boston Road, 1972.

Une photographie de Gordon Matta-Clark proposée et commentée par Ève Lepaon.




Au début des années 1970, Gordon Matta-Clark s’intéresse aux bâtiments abandonnés de quartiers déshérités comme le sud du Bronx. Promis à la destruction, vidés de leurs occupants, ils constituent néanmoins un support d’intervention et un matériau artistique de premier plan pour l’artiste. En réponse au percement du quartier et à son dépeuplement inéluctable suite à la construction de la Cross Bronx Expressway, une voie rapide pour automobiles, Gordon Matta-Clark décide de procéder à des ouvertures d’immeubles pour donner forme à ce vide prédit. Il trace d’abord des formes géométriques dans l’espace puis les découpe. Son geste est à la fois métaphorique, sculptural et social. Héritier des démarches d’avant-garde comme Dada, il tranche, défait, « fait voler en éclats », perturbe le bâti qui impose à l’individu ses déplacements et ses points de vue. Plus que les murs ou les planchers, il dit que ce sont les ouvertures qui l’ont toujours marqué, en tant qu’accès vers autrui et passages « vers d’autres espaces ». Réalisées sous la forme de performances, elles permettent de « changer [notre] vision conventionnelle de l’espace » et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Suspendu ici au-dessus du vide, Gordon Matta-Clark ouvre une porte, frontière amovible entre deux pièces, désormais obsolète, et enjambe un seuil entièrement ouvert. Les photographies réalisées pendant ou après l’événement constituent des documents essentiels pour comprendre le travail de Matta-Clark mais montrent aussi à quel point ses interventions perturbent notre lecture de l’espace et comment l’ombre et la lumière le modèlent de façon inédite. Le point de vue et le cadrage découpent l’étendue de l’image comme Matta-Clark découpe les structures architecturales. Il pense l’image photographique comme le prolongement de ses réflexions et de ses actions.



Ève Lepaon, 2018
Conférencière et formatrice au Jeu de Paume.



Exposition “Gordon Matta-Clark. Anarchitecte”
La sélection de la librairie