
Guide d'exposition
Textes de salles
Martin Parr. Global Warning
«Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l’on veut bien le lire, mais je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit – je montre simplement ce que les gens pensent déjà savoir», disait Martin Parr en 2021.
Cette exposition propose de revisiter l’œuvre du photographe britannique à l’aune du désordre généralisé de notre époque et à travers différentes séries réalisées à partir des années 1970. Pendant cinquante ans, sans militantisme mais avec constance, aux quatre coins du globe, Martin Parr a dressé, avec le sourire, un portrait saisissant des déséquilibres de la planète et des dérives de nos modes de vie: les turpitudes et les ravages du tourisme de masse, la domination de la voiture, les dépendances technologiques, la frénésie consumériste, ou encore notre rapport ambivalent au vivant.
Ce faisant, Parr abordait indirectement, toujours avec sa vision singulière et décalée, les comportements humains identifiés comme des causes majeures des bouleversements climatiques actuels: usage effréné des transports, consommation d’énergies fossiles, surconsommation globale, dégâts environnementaux. L’œuvre, en apparence plaisant, se révèle, au fil du temps et de l’évolution des mentalités, peut-être plus grave qu’il n’y paraissait initialement. Avec le recul, son ironie mordante semble l’inscrire dans une certaine tradition satirique britannique: un humour incisif, une moquerie douce-amère au service d’un regard critique et parfois féroce.
Cette exposition est dédiée à la mémoire de Martin Parr, à son enthousiasme et à son regard. Tous les tirages de l’exposition ont été réalisés par le Martin Parr

© Martin Parr / Magnum Photos
Photod d’une femme qui bronze avec des lunettes bleus Benidorm, Espagne, 1997. © Martin Parr / Magnum Photos
‘l’m creating entertainment, which has a serious message if you want to read into it, but I don’t expect to change anyone’s minci – l’m just showing them what they think they may know already.’ Martin Parr, 2021.
This exhibition revisits the work of the late British photographer Martin Parr, bringing together a selection of series produced since the 1970s that find new resonance in light of the growing disarray of the contemporary world.
For over fifty years, Parr travelled the globe not as an activist but as a relentless and amused observer, offering a lucid and unsparing portrait of global imbalances and the excesses of contemporary life: the grotesque face and damaging effects of mass tourism, the rise of car culture, our dependence on technology, unbridled consumerism, and our ambivalent relationship with other living beings.
Through his characteristically offbeat vision, Parr also indirectly engaged with the human behaviours driving contemporary climate change:
the unrestrained use of transport, reliance on fossil fuels, global overconsumption, and environ mental degradation. Over time, and as social attitudes have shifted, what once appeared merely entertaining has revealed itself to be increasingly serious. ln retrospect, Parr’s corrosive irony places him within a long tradition of British satire: his sharp wit and deadpan humour deliver a critical, and at times merciless, view of the world we inhabit.
This exhibition, produced in collaboration with Martin Parr, is dedicated to his memory, enthusiasm and vision. All exhibition prints were produced by the Martin Parr Studio.

© Martin Parr / Magnum Photos
Terres de loisirs et de déchets
Martin Parr n’a eu de cesse, dès les années 1980, de documenter la manière dont nos paysages contemporains sont façonnés et transformés, durablement ou ponctuellement, par le développement et l’intensification des loisirs de masse. Dans nombre de ses images, naturel et artificiel coexistent et s’entremêlent indéfiniment.
Les sujets de Parr sont ceux de l’homme ordinaire auquel il s’identifiait. Ainsi, bien que ne sachant pas nager, à l’inverse de son épouse Susie qui excelle dans cette discipline, il était un grand amateur de plages et celles-ci occupent une place centrale dans son œuvre. Son premier travail important en couleurs, «The Last Resort », portait sur une station balnéaire très populaire des environs de Liverpool, New Brighton. Par la suite,
Parr a poursuivi l’exploration de ce thème sur les cinq continents, lui consacrant, de « Benidorm » – vaste complexe espagnol de la Costa Blanca – à «Playas » – exploration des plages les plus fréquentées d’Amérique latine -, quelques-unes de ses séries les plus caustiques.
«On apprend beaucoup de choses d’un pays en regardant ses plages: quelle que soit notre culture, la plage est l’un des rares espaces publics dans lequel se concentrent toutes nos absurdités et idiosyncrasies nationales», écrivait-il en 2013. Terrain de jeu et d’expérimentation pour le photographe, la plage constitue rarement, dans son travail, le lieu de l’exotisme et du naturel. C’est en revanche un concentré des contradictions d’une forme d’industrie des loisirs. Un espace à la fois convivial et chaotique, de détente, mais saturé de corps, de couleurs et, serait-on tenté de dire, de bruits. Un espace dans lequel une humanité transpose ses modes de vie les plus ordinaires et les plus urbains, et où la consommation est indissociable d’un certain gaspillage et d’une production de déchets – un motif, photogénique dans la diversité de ses formes, qu’il a traité avec constance depuis ses débuts.
LEISURE & WASTE LANDS
Beginning in the 1980s, Martin Parr relentlessly documented how contemporary landscapes are periodically or permanently reshaped by the expansion of mass leisure. Many of these works capture the coexistence and constant intermingling of natural and man-made elements.
Parr’s photography explores the interests of ordinary people, with whom he identified. Although he never learned to swim – unlike his wife Susie, who is an excellent swimmer – he spent a great deal of time on beaches, which feature prominently in his work. His first major colour series, The Last Resort, focuses on the popular seaside resort, New Brighton, near Liverpool. Parr would go on to pursue this theme across all five continents, producing some of his most incisive social critiques, from Benidorm – capturing life at a sprawling resort on Spain’s Costa Blanca – to Playas – a survey of Latin America’s most frequented beaches.
‘You can read a lot about a country by looking at its beaches: across cultures, the beach is that rare public space in which all absurdities and quirky national behaviour can be found, he wrote in 2013. For Parr, the beach setting became a field of experimentation, rarely appearing in his work as exotic or pristine, but instead as spaces rife with the contradictions of the leisure industry. At once convivial and chaotic, beaches are places of relaxation, paradoxically crowded with bodies, colours and – one might even say – noise. They are sites where we reproduce our ordinary urban habits, and where consumerism is inextricably bound up with trash and waste in every imaginable form: a highly photogenic subject that Parr faithfully captured from the very beginning of his career.

© Martin Parr / Magnum Photos
Tout doit disparaître !
Dès les années 1980, dans l’Angleterre libérale de Margaret Thatcher, le projet documentaire de Martin Parr s’attache à un thème encore relativement peu abordé par les photographes: la consommation, notamment celle des classes moyennes, examinée dans ses aspects les plus divers – goûts, désirs, comportements. Par la suite, son intérêt pour cette question n’a pas tari, son travail s’est poursuivi en Europe d’abord, puis aux États-Unis et dans d’autres pays d’Asie et du Moyen-Orient au style de vie dorénavant occidentalisé ou américanisé.
Aujourd’hui, de la nourriture à l’art, du luxe aux produits les plus triviaux, l’œuvre de Parr dresse un inventaire cru et drôle de nos objets et modes de consommation, laquelle est envisagée comme une nouvelle religion. Pour certaines de ses séries, Parr n’hésitait pas à prendre à contre-pied les codes de la photographie publicitaire: dans « Common Sense», l’un de ses travaux les plus féroces vis-à-vis de la société de consommation, le gros plan et les couleurs saturées contribuent à une forme de caricature grotesque du monde dans laquelle le kitsch devient une esthétique dominante. A travers son objectif, supermarchés et hypermarchés, centres commerciaux, foires et salons sont le théâtre d’une course effrénée et absurde, partagée par toutes les classes sociales et impliquant les biens les plus divers. Dans cet univers, où l’on semble prendre finalement relativement peu de plaisir, l’humain lui-même se transforme parfois en marchandise.
Last chance to buy
Beginning in the 1980s, Martin Parr began documenting a subject that relatively few photographers were exploring at the time: the myriad dimensions of consumer culture in Britain under Margaret Thatcher, and in particular the tastes, aspirations and attitudes of the middle class.
Parr would sustain this interest throughout his career, later extending his investigation across Europe and the United States, as well as to countries in Asia and the Middle East shaped by Westernised or Americanised lifestyles.
Today, Parr’s work offers a blunt and often humorous inventory of our consumer goods and ways of life – from food and art to luxury items and useless trinkets – framing consumption as a kind of new religion.
In several series, Parr deliberately subverted the visual vocabulary of advertising photography. In Common Sense, one of his most incisive critiques of consumer culture, close-ups and saturated colours produce a grotesque caricature of a world dominated by kitsch. Through his lens, supermarkets, hypermarkets, shopping malls, fairs, and trade shows become stages on which all social classes take part in a frenzied and absurd rush to accumulate goods of every kind. In this world, which seems ultimately to offer little pleasure, human beings themselves are at times turned into commodities.

© Martin Parr / Magnum Photos
Petite planète
Martin Parr a toujours précisé qu’il faisait pleinement partie du monde qu’il documentait et critiquait. Il reconnaissait volontiers l’impact environnemental de son mode de vie – notamment sa forte empreinte carbone -, refusant de prendre une position de surplomb vis-à-vis de ses sujets. Conscient que les images ne suffisent plus à transformer le monde, il revendiquait toutefois une forme d’engagement discret, à travers une « guérilla visuelle» capable de fissurer les représentations dominantes, en particulier celles véhiculées par l’industrie du tourisme.
Ce dernier a constitué, à partir des années 1990, l’un de ses thèmes de prédilection. Sur tous les continents, il en a exploré les plaisirs, mais aussi les contradictions, voire les impasses.
Dans les lieux les plus emblématiques du phénomène, il s’est intéressé aux habitudes et aux comportements de ce touriste mondial, réalisant également, en filigrane, une étude des déséquilibres Nord/Sud. D’un coin à l’autre de la planète, l’homogénéisation des gestes, des attitudes et des tenues vestimentaires contraste, avec humour et un brin de nostalgie, avec la diversité des sites et monuments photographiés.
Parr prend d’ailleurs un malin plaisir à renverser les codes de l’esthétique lisse des cartes postales, principalement dans ses vues d’édifices iconiques, dont il propose des visions dégradées, entre environnements surpeuplés, vues anxiogènes ou copies grossières. Sous son objectif, la quête d’authenticité a vécu.
Small world
Martin Parr maintained that he belonged fully to the world he documented and critiqued. He readily acknowledged the environmental impact of his own lifestyle – not least his substantial carbon footprint – and never positioned himself above his subjects. Although fully aware that images alone could never change the world, he nevertheless engaged in a form of subtle ‘visual guerrilla warfare’ that questioned dominant representations, particularly those promoted by the tourism industry.
Beginning in the 1990s, tourism emerged as one of his favourite subjects. He would explore it the world over, in all its pleasures, contradictions, and even dead ends, documenting the rituals and behaviours of the global tourist in the world’s most visited destinations, while also offering an implicit reflection on North-South imbalances.
The sameness of gestures, attitudes and clothing encountered in every corner of the planet provides a humorous, slightly wistful counterpoint to the diversity of the sites and monuments photographed. Parr takes particular pleasure in overturning the codes of postcard-perfect aesthetics, especially in his images of iconic landmarks, which he presents in degraded forms caught between overcrowding, scenes of anxiety, and crude replicas. Through his lens, the quest for authenticity is a thing of the past.

© Martin Parr / Magnum Photos
Le règne animal
Bien qu’il n’en ait jamais fait un sujet de recherche spécifique et que le thème ne soit apparu explicitement dans son œuvre qu’avec la parution, en 2025, du petit ouvrage Animals, Martin Parr s’est intéressé avec régularité depuis ses débuts en noir et blanc aux rapports entre l’humain et l’animal.
Chez Parr, ce dernier est aimé, emprisonné, protégé, mangé, tué ou domestiqué dans un même mouvement, pétri de contradictions et encore souvent empreint de violence.
En cela, ses images s’opposent en tout point aux stéréotypes véhiculés par la photographie animalière, bâtie le plus souvent sur la représentation idéalisée d’un animal libre, surpris dans son environnement naturel. Martin Parr, lui, n’envisage celui-ci qu’au sein de la société des humains: entre tendresse et domestication, affection et anthropomorphisation, prédation et asservissement, c’est bien la relation complexe entre un sujet humain et un objet animal qui demeure le principal thème de ses clichés.
The animal kingdom
Although human-animal relationships were never the focus of a dedicated documentary project and only became an explicit theme with the 2025 publication of Animals, Martin Parr showed an enduring interest in the subject throughout his career, beginning with his early black-and-white work. In Parr’s images, animals are at once loved, caged, protected, eaten, killed and domesticated, in an approach rife with contradictions and often tinged with violence.
Ambiguous in nature, his images stand in stark contrast to the conventions of animal photography, which typically draw on idealized representations of wild creatures captured unawares in their natural environment. For Parr, animals are never envisioned outside human society: they are approached as objects of fondness and domestication, of affection and anthropomorphization, of predation and subjugation. The complex relationship between the human subject and the animal object remains the central theme of these works.

© Martin Parr / Magnum Photos
Addictions technologiques
Nos relations à la technique et à la machine constituent un fil rouge dans l’œuvre de Martin Parr. Chaque décennie semble avoir suscité chez lui de l’intérêt pour un nouvel objet, suivant les évolutions de la technologie. A ses débuts, dans les années 1970 et 1980, la voiture; dans les années 1990 et 2000, le téléphone portable; plus près de nous, les écrans des ordinateurs, tablettes, smartphones ou autres dispositifs de jeu.
Dans sa pratique et son projet, même lorsqu’il est question de technique, Parr demeure un humaniste: par-delà l’objet, ce qui l’attire, c’est bien l’humain dans sa relation à la machine.
En observateur attentif des gestes, toujours à la recherche de sujets inexplorés, le photographe s’intéresse à la manière dont le corps humain interagit différemment avec chacun de ces nouveaux objets technologiques. Il étudie également la place grandissante qu’ils occupent dans notre quotidien et notre imaginaire, comme la dépendance qu’ils peuvent entraîner chez tout un chacun. Il explore enfin, en creux, la façon dont ces objets modifient profondément notre perception du réel et notre rapport à l’espace et au temps.
Technological addictions
Our relationship to technology and machines is a recurring theme in Martin Parr’s work, with each decade of his career marked by his fascination with new objects brought by technological progress.
In the 1970s and ’80s, it was the automobile; in the 1990s and 2000s, the mobile phone; and more recently, computer screens, tablets, smartphones and gaming devices.
Even in his exploration of technology, Parr remains a humanist in both his practice and overarching project: what interests him is our relationship to the technology rather than the object or machine itself. As a keen observer of behaviour and constantly on the lookout for unexplored topics, Parr examines how the human body interacts differently with each new technological object. He also probes technology’s growing role in daily lives and imagination, and the dependency it engenders.
At the same time, he implicitly explores the way technology profoundly alters our perception of reality and our relationship to space and time.