N1 somewhere between Winburg and Ventersburg, 1982, tirage gélatino-argentique, Courtesy de l’artiste et de la galerie Stevenson, Cape Town, Johannesburg et Amsterdam

Guide d'exposition

Textes de salles FR et EN

Jo Ractliffe. En ces lieux

Photographe sud-africaine contemporaine, Jo Ractliffe est réputée pour son travail à la fois analytique et distancié portant sur la mémoire et la persistance des traces de conflits dans le paysage. Depuis quatre décennies, elle explore la manière dont l’histoire – celle, tout particulièrement, de la guerre, des déplacements de population et de l’apartheid – imprègne le territoire. Résistant à l’immédiateté de la photographie documentaire journalistique, ses œuvres abordent le monde par l’oblique : le sens s’y révèle par l’absence, la nuance et la poésie austère qui émanent des situations qu’elle photographie.

« En ces lieux » réunit un ensemble d’œuvres qui illustrent cette démarche singulière. Par leurs résonances plurielles, elles évoquent non seulement des sites disloqués ou déstabilisés, mais aussi le sentiment d’étrangeté qu’on peut éprouver face à des paysages portant la trace à peine perceptible d’une histoire complexe et irrésolue. En ces lieux, le passé et le présent coexistent difficilement – le territoire lui-même devient une archive de ce qui ne se laisse pas voir aisément ni pleinement comprendre.

Jo Ractliffe is a contemporary South African photographer known for her quiet yet penetrating examinations of landscape, memory and the lingering aftermaths of conflict. Over four decades, her work has explored how histories—particularly those shaped by war, displacement, and apartheid—imprint themselves on the terrain. Ractliffe’s photographs resist the immediacy of the journalistic documentary image; instead, they approach the world obliquely, revealing meaning through absence, nuance, and the stark, poetic atmosphere that emanates from certain situations.

Out of Place brings together a selection of works that exemplify this distinctive approach. The title resonates on multiple levels: it refers not only to the dislocated or unsettled sites Ractliffe photographs, but also to the estrangement one may feel when confronted with landscapes bearing the muted traces of complex, unresolved histories. To be “out of place” in this context is to be in a place where past and present coexist uneasily—where the land itself becomes an archive of what cannot easily be seen or fully understood.

L’exposition s’ouvre sur des images datant des années 1980 et 1990 : Ractliffe photographie alors des environnements quotidiens, en se détournant de l’extrême violence caractérisant le régime d’apartheid. Plus tard, elle examine les traces du conflit régional complexe qui s’est cristallisé en Angola mais a aussi laissé son empreinte sur l’Afrique du Sud. Zones militaires à l’abandon, infrastructures désaffectées, marquées par l’évidence subtile des faits qui s’y sont déroulés : des lieux façonnés autant par ce qui n’y est plus que par ce qui y demeure.

The exhibition begins with images of the 1980s and 1990s when Ractliffe photographed everyday environments, turning her lens away from the extreme violence perpetrated under the apartheid regime. Later, she investigated traces of the complex regional conflict that coalesced in Angola but also left its mark on South Africa. Abandoned military zones, derelict infrastructures marked by subtle evidence of what had transpired; spaces shaped by what has been removed as much as by what is left.

Ses séries les plus récentes, Landscaping et The Garden, appellent une observation attentive. Exposées hors d’Afrique du Sud pour la première fois, elles font écho à des enjeux contemporains, tels que l’extraction minière et l’industrie touristique. Dans le monde actuel, défini par les déplacements massifs de populations, les disputes territoriales et la réapparition de traumatismes historiques dans le cadre de la mondialisation économique, « En ces lieux » se révèle d’une acuité toute particulière. Les images de Ractliffe nous rappellent que le paysage n’est jamais neutre : il conserve la mémoire, façonne l’identité et reflète la relation tendue qu’une société entretient avec son passé.

L’exposition nous invite à participer à une conversation visuelle d’une brûlante actualité sur l’appartenance, la perte et la persistance des traces de l’histoire : si elle n’apporte pas de réponses, elle se veut un espace de réflexion sur les complexités du lieu.

Sauf indication contraire, l’ensemble des œuvres exposées appartiennent à l’atelier de l’artiste (courtesy Stevenson, Johannesburg, Le Cap et Amsterdam). Les textes qui les accompagnent ont été rédigés par l’artiste.

Her more recent series, Landscaping and The Garden, ask for careful observation. Shown outside South Africa for the first time, these works relate to contemporary issues regarding mineral extraction and tourist industries. In today’s world, defined by mass displacement of people, contested territories, and the resurfacing of historical traumas in a worldwide economy, Out of Place feels acutely relevant. Ractliffe’s images remind us that landscapes are never neutral; they hold memory, shape identity, and reflect how societies contend with their respective pasts.

This exhibition invites viewers into an urgent visual conversation about belonging, loss, and the enduring traces of history—not offering answers, but a space to consider the complexities of place itself.

Unless otherwise stated, all works belong to the artist’s studio (courtesy of Stevenson, Johannesburg, Cape Town and Amsterdam). The texts accompanying the works are written by the artist.

Nadir 1986-1988

Au cours des années 1980, je me débattais avec les limites de la photographie documentaire sociale. Mes images me paraissaient quelque peu détachées des évènements qui les entouraient. Abasourdie par un monde « devenu fou », je voulais réaliser des œuvres reflétant l’atmosphère de l’époque.

Je me suis alors mise à faire des montages photographiques, en découpant mes propres photographies pour créer des images composites reproduites ensuite par lithographie. À cette époque, les chiens étaient omniprésents dans les espaces militarisés de l’Afrique du Sud car la police et l’armée s’en servaient d’instruments de contrôle — mais ils erraient aussi dans les rues avec une sorte de liberté anarchique. J’étais attirée par la capacité qu’a un chien à représenter quelque chose de profondément personnel tout en prenant une dimension politique, ce qui me troublait : à la fois fidèle et dangereux, victime et menace.

Nadir a été une première exploration de thèmes que j’ai développés ensuite : la politique du paysage, la persistance du passé dans le présent, la capacité de l’image photographique à contenir la contradiction. Le titre fait référence au point opposé au zénith, évoquant une absence de repère. Ces œuvres tentaient de se confronter à cette instabilité en se servant du montage pour fragmenter et réagencer l’acte même de voir

During the 1980s, I grappled with the limits of social documentary photography. My pictures seemed somewhat detached from the events that surrounded them. Stunned by a world ‘gone mad’, I wanted to make work that reflected the atmosphere of the times.
I began making photographic montages —cutting and collaging my own photographs to create composite images for a series of lithographs. In the 1980s, dogs were ever-present in the militarised spaces of apartheid South Africa, deployed by the police and army as instruments of control. Yet they also roamed the streets and outskirts with a kind of anarchic freedom. I was drawn to the dog’s capacity to embody something at once deeply personal and disturbingly political—loyal and dangerous, victim and threat.
Nadir marked an early exploration of themes that would continue throughout my practice: the politics of landscape, the persistence of the past in the present, and the capacity of the photographic image to hold contradiction. The title refers to the point that opposes the zenith; it is also a point of inversion, where orientation falters. These works were an attempt to reckon with that instability, using montage as a way to fragment and reassemble the act of seeing.

reShooting Diana 1990-1999

J’ai commencé à utiliser un appareil Diana après avoir perdu mon équipement photographique dans un cambriolage. Nous étions en 1990 : Nelson Mandela venait d’être libéré après vingt-sept années de prison et l’Afrique du Sud entamait une transition compliquée de l’apartheid à la démocratie. Les photographes s’interrogeaient sur la représentation, l’histoire et l’identité.

J’ai fait de longs trajets en voiture à travers le pays : de la côte à l’intérieur, en passant par les montagnes et les vastes plaines. J’ai photographié le bord de la route qui s’effilochait, la périphérie des petites villes, en sillonnant les routes secondaires, en pénétrant dans les jardins — l’ordinaire, le quotidien.

Avec son boîtier en plastique, sa lentille fixe et son absence de contrôle de l’exposition, le Diana m’a ouverte à d’autres manières de voir. Halos, fuites de lumière, rendu flou : les images qu’il produisait battaient en brèche les idées reçues sur ce qui est « digne d’être photographié ». Il m’a aussi amenée à réfléchir à l’acte même de regarder — à la manière dont on fabrique du sens avec des fragments, avec ce qui est en partie occulté ou ce qui n’est pas totalement compris. Cette série a défini certaines des problématiques qui structurent mon travail ultérieur, notamment comment la photographie peut se frayer un chemin au milieu des images rémanentes de violence et des traces laissées par les ruptures historiques.

I began photographing with the Diana camera after losing my photographic equipment in a burglary. It was 1990: Nelson Mandela had been released after 27 years in prison and South Africa was beginning its intricate transition from apartheid to democracy. Photographers were grappling with questions around representation, history and identity.

Without a professional camera, I turned to Diana. I drove long distances across the country, moving inland from the coast, through mountains and across wide plains. I photographed the fraying edges of roads, the peripheries of small towns, travelling along backroads and into backyards—the ordinary, the everyday.

Made of plastic, with a fixed lens and no exposure controls, the Diana’s limitations opened up alternative ways of seeing. Flares, light leaks and soft focus, made for images that challenged conventional ideas of what was considered “camera-worthy”. It also brought into focus the act of looking itself—how we construct meaning from fragments, from what is partially obscured or not fully understood. This work set the tone for concerns that would continue to shape my work—how photography might navigate the afterimages of violence, and the traces that linger in the wake of historical rupture.

Premières images - Early pictures 1982-1996

Mon premier appareil photo était un Nikkormat que j’ai acheté en 1980. À cette époque où je tâtonnais encore, j’étais à la recherche du langage photographique qui me permettrait de répondre de la meilleure façon au monde qui m’entourait. Après m’être essayée à la peinture et à l’estampe, j’ai su, en réalisant mes premières photos, que j’avais trouvé mon instrument.

En 1982, mon père m’a offert un livre, World Photography, qui contenait des œuvres de Robert Frank, Joseph Koudelka, Bill Brandt et Manuel Álvarez Bravo. Ces hommes, je les révérais, et j’ai passé les années suivantes à tenter de les imiter. J’arpentais les rues, prête à dégainer mon appareil, l’œil en alerte, attendant que se présente un « moment » que j’arracherais à l’ordinaire en faisant une photographie digne de ce nom. J’ai compris qu’il n’existait pas de séparations rigides entre les genres, les conventions, les démarches. Tout se superposait, se mélangeait, et il était possible de travailler d’une manière qui soit tout à la fois politique, poétique et expressive.

Mais, comme j’allais bientôt le découvrir, l’urgence était que les photographes s’unissent autour d’un même objectif : révéler les injustices du gouvernement d’apartheid.

My first camera was a Nikkormat, bought in 1980. In those early days, still finding my way into photography, I sought a photographic language that would best articulate my response to the world around me. I started out as a painter and printmaker, but when I made my first pictures, I knew I had found my instrument.
In 1982, my father gave me a book, World Photography, which featured the work of such photographers as Robert Frank, Joseph Koudelka, Bill Brandt and Manuel Álvarez Bravo. I revered these men and spent the next few years trying to emulate them. I walked the streets, camera ready, eye on the alert should a “moment” present itself, where I could rescue things from their ordinariness and make a worthy photograph. I realised that the separations between genres, conventions, approaches—whatever terms or classifications you might use—weren’t fixed. Things overlapped, were mixed up, and there were ways of working where your interests could be political and poetic and expressive all at once.
As I was soon to find out however, the urgency was for photographers to unite in the common purpose of exposing the injustices of the apartheid government.

Années 1980 : lieux de conflit et de dépossession

Les années 1980 ont été marquées par une escalade de la violence d’État, en réponse à l’intensification de la résistance à l’apartheid. Pour riposter à l’essor de la contestation, des marches et des boycotts, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans tout le pays en 1986. Des organisations ont été dissoutes, des meetings interdits et des personnes détenues sans procès.

De nombreux photographes ont été harcelés, arrêtés et ont vu leur équipement confisqué. En tant que photographe, je m’interrogeais sur ma place dans ce contexte. Mon travail ne correspondait pas au genre du documentaire social et à son message politique explicite. J’étais à la recherche d’un autre langage, d’une certaine poétique.

En 1985, j’ai acheté un appareil moyen format et je suis partie sur les routes. J’ai sillonné le district de la Côte Ouest jusqu’au Namaqualand ; après avoir traversé le Karoo, je suis remontée à Johannesburg ; et puis au nord j’ai atteint le homeland (territoire assigné aux populations noires par le régime d’apartheid) du Venda ; de la province du Transvaal, je suis descendue au cœur du Natal, puis vers la côte est et un autre homeland, le Transkei. J’étais attirée par les marges industrielles des villes, les usines abandonnées, les mines et leurs dépotoirs. Plus loin, j’ai recherché des terrains vagues ruraux et des camps de relogement — des lieux qui portaient l’empreinte de la violence de l’apartheid et des expulsions forcées.

Je m’intéressais au paysage et à la manière dont il pouvait refléter une histoire de cette violence. L’après-coup ne faisait pas encore partie de mon vocabulaire ; il m’a fallu de nombreuses années pour comprendre ce que j’avais alors tenté de faire.

The 1980s were marked by escalating state brutality as anti-apartheid resistance intensified. In retaliation to widespread protests, marches and boycotts, the government declared a countrywide state of emergency in 1986. Organisations were banned, meetings prohibited and people were detained without trial. Many photographers were harassed, arrested and their equipment confiscated.
As a photographer, I had questions about my place within this context. I didn’t fit the mode of social documentary with its direct political address. I sought a different language, a certain poetics.
In 1985 I bought a medium-format camera and went out on the road. I drove up the West Coast into Namaqualand; across the Karoo to Johannesburg and north to what was then the “homeland” (territory assigned to Black populations by the apartheid regime) of Venda; from the Natal Midlands to the east coast and another “homeland”, the Transkei. I was drawn to the industrial edges of cities; abandoned factories, mine dumps. Further afield, I sought out rural wastelands and resettlement camps – places that carried the imprint of apartheid violence and forced removals.
I was interested in landscape and how it could reflect histories of violence. The idea of aftermath wasn’t yet in my vocabulary and it took many years for me to understand what I had been trying to do back then.

The Borderlands 2011-2013

Les sites représentés dans cette série ont une histoire commune : celle de la violence coloniale, des préjugés de la période de l’apartheid et des luttes postcoloniales pour la réparation. En outre, chacun de ces lieux avait été militarisé par la Force de défense sud-africaine et avait reçu des soldats démobilisés ayant combattu en Angola et en Namibie.

Riemvasmaak a été le théâtre d’expulsions forcées massives dans les années 1970. Durant la décennie suivante, ce territoire « vidé » a servi aux entraînements militaires et aux essais d’armement. En 1994, ce sera la première région à être restituée aux populations déplacées.

En 1988, l’ancienne mine d’amiante de Pomfret a été convertie en base militaire pour loger le bataillon 32, une unité des forces spéciales composée d’officiers blancs sud-africains et de soldats noirs angolais. Contraints de combattre pour l’Afrique du Sud, ces soldats et leurs familles se sont retrouvés apatrides. Malgré la nationalité sud-africaine qui leur avait été accordée, ils étaient ostracisés à cause de leur association avec le régime d’apartheid.

Schmidtsdrift était initialement une base d’entraînement militaire. Plus tard, elle a accueilli les anciens pisteurs San d’Angola et de Namibie qui avaient servi dans une unité des Forces spéciales, le bataillon 31/201. Ces vétérans y ont été déplacés après la guerre, mais ils ont vécu quatorze ans sous des tentes, en attendant que soit réglée une dispute territoriale locale. Ils ont fini par s’installer non loin de là, à Platfontein. En 2012, j’ai assisté au dévoilement d’une réplique de l’Aiguille de l’honneur, monument commémorant les soldats tombés au combat.

The sites pictured here share histories of colonial violence, apartheid-era prejudice and postcolonial struggles for redress. In addition, each of these places was harnessed by the South African Defence Force for the militarisation and demobilisation of armed forces in Angola and Namibia.

Riemvasmaak was subject to mass forced removals in the 1970s. In the 1980s the ‘emptied’ land was used for military training and weapons testing. In 1994, Riemvasmaak was South Africa’s first land-restitution case.

Pomfret, a defunct asbestos mine, was converted into a military base in 1988 to accommodate 32 Battalion—a Special Forces unit of White South African officers and Black Angolan soldiers. Coerced into fighting for South Africa, these soldiers and their families found themselves stateless. While granted South African citizenship, their association with the apartheid regime has left them ostracised.

Schmidtsdrift, originally a military training base, was later allocated to veteran San trackers from Angola and Namibia who served in a Special Forces unit, 31/201 Battalion. After the war, veterans were relocated to Schmidtsdrift, but spent 14 years living in tents while local land claims were resolved. They eventually moved to nearby Platfontein. In 2012, I attended the unveiling of a replica of the Needle of Honour, a monument commemorating fallen soldiers.

Terreno Ocupado 2007

Au cours des années 1970-1980, l’Angola est devenu l’épicentre d’un conflit régional complexe. En 1974, après cinq siècles de domination coloniale, le Portugal s’est retiré du pays. La guerre de libération nationale s’est transformée en lutte de pouvoir interne, et l’Angola a sombré dans le chaos. Après 1975, la guerre civile a été encore aggravée par les rivalités de la guerre froide, les États-Unis et l’Union soviétique soutenant des camps opposés. Ce conflit géopolitique s’est enchevêtré avec les autres mouvements de libération et batailles de la région — tout particulièrement avec celui des Namibiens pour s’émanciper de la domination sud-africaine. Redoutant l’accession au pouvoir d’un gouvernement marxiste favorable aux mouvements indépendantistes des pays voisins, l’Afrique du Sud s’est engagée militairement dans cette guerre.

En 1987, la bataille de Cuito Cuanavale a marqué un tournant. L’Afrique du Sud, l’Angola et Cuba ont abouti à un accord tripartite, signé en 1988, qui a mis un terme à l’engagement des puissances étrangères en Angola et ouvert la voie à l’indépendance de la Namibie. Toutefois, la guerre civile angolaise s’est poursuivie jusqu’à la mort du chef rebelle Jonas Savimbi, en 2002, quand une perspective de paix a pu se dessiner.

En 2007, je me suis rendue à Luanda. Ne connaissant guère le pays, je m’y sentais, en tant que photographe, dans une position précaire. J’ai été immédiatement happée par le chaos de cette ville animée de l’énergie des lendemains de guerre et de la promesse contradictoire d’un avenir nouveau.

During the 1970s and 1980s, Angola became the epicentre of a complex regional conflict. After five centuries of colonial rule, Portugal’s withdrawal in 1974 plunged Angola into chaos as the liberation war morphed into an internal power struggle. Civil war broke out in 1975, further complicated by Cold War rivalries, with the United States and Soviet Union backing opposing factions. This geopolitical conflict was further entangled by regional liberation movements and neighbouring conflicts—particularly Namibia’s fight for independence from South African rule. Fearing the rise of a Marxist government sympathetic to liberation movements across the region, South African forces entered the war.
The Battle for Cuito Cuanavale in 1987 marked the turning point. South Africa, Angola and Cuba signed a Tripartite Accord in December 1988 that ended international involvement in Angola and paved the way for Namibian independence. However, Angola’s civil war continued until the death of rebel leader, Jonas Savimbi, in 2002. Only then did peace begin to emerge.

In 2007 I travelled to Luanda. With little knowledge of the country, my position as a photographer felt precarious. I was immediately engulfed in the wild chaos of a city alive with post-war energy and the contradictory promise of a new future.

As Terras do Fim do Mundo 2009-2010

Pendant deux ans, j’ai sillonné le Sud de l’Angola. Avec d’anciens soldats, je suis revenue sur les lieux où ils avaient combattu trente ans plus tôt.

Tandis que nous traversions la campagne en voiture, nous avons rencontré un paysage de silence. Des millions de personnes avaient fui vers les villes, la faune avait été décimée par les militaires ou les braconniers, et les innombrables mines antipersonnel avaient fait de la région une terre de désolation.

En 1976, la ville minière abandonnée de Cassinga a été désignée comme lieu d’accueil des réfugiés namibiens. Mais le renseignement sud-africain l’avait classée comme base militaire : en 1978, plus de six cents personnes ont été tuées dans une attaque aérienne de parachutistes sud-africains. J’ai photographié les deux fosses communes. Longues, plates et légèrement surélevées à une extrémité, elles ressemblaient à d’étranges lits géants. Massacre de Cassinga, 4 mai 1978 et Ils resteront à jamais dans notre souvenir étaient gravés à la surface, à peine lisibles.

Je me suis intéressée à l’idée du paysage comme pathologie : à la manière dont on peut trouver des traces de la violence passée dans l’espace du présent, et à la possibilité pour l’absence et le silence de se frayer un chemin dans l’image.

For two years I travelled through southern Angola with ex-soldiers, returning to places they had fought as in young men thirty years earlier.

Driving through the countryside, we encountered a landscape of silence. Millions of people had fled to the cities, most of Angola’s wildlife had been slain by various armies or poachers, and countless landmines left the land desolate. As the war shifted across frontlines, millions of mines were left in its wake, many of them deployed around villages and fields, forcing civilians to flee from their homes.

In 1976, the abandoned mining town of Cassinga was used to accommodate refugees from Namibia. However, South African military intelligence categorised it as a military base and in 1978, South African paratroopers launched an airborne attack, killing over six hundred people, mostly women and children. I photographed the two mass graves. Long, flat and slightly raised at one end, they resembled strange giant beds with pillows. Barely discernible, the words “Massacre at Cassinga 4 May 1978” and “We Will Always Remember Them” were scratched into the surface.

I was interested in the idea of landscape as pathology: how traces of past violence may be found in the space of the present, despite the failure to witness, and whether such ephemeral things as silence and absence could find their way into the image.

Cuba en Angola - Cuba in Angola

Cuba s’est engagée en Afrique par internationalisme, une orientation politique ancrée dans l’idéologie humaniste et marxiste selon laquelle la solidarité était une obligation éthique — Fidel Castro parlait d’un « devoir des révolutionnaires ».

Entre 1975 et 1991, ce sont près de quatre cent mille Cubains qui ont servi dans le pays pour soutenir le gouvernement contre les forces rebelles, que finançaient les États-Unis, et l’armée sud-africaine. En 1987, la guerre d’Angola est entrée dans une phase décisive avec la bataille de Cuito Cuanavale — l’une des plus longues de l’histoire africaine. Comme en 1975, les renforts militaires cubains ont permis au gouvernement angolais assiégé de tenir ses positions face aux troupes rebelles et aux forces sud-africaines. En 2009, alors que je voyageais dans le Sud de l’Angola en compagnie d’anciens soldats, nous avons entendu parler d’une base cubaine, à quarante-cinq kilomètres au sud de Namibe ; elle était si bien camouflée dans le désert de la côte que nous avons failli la manquer. Elle se composait d’un réseau de tranchées et de bunkers souterrains, reliés entre eux par des rangées de pierres qui délimitaient des routes et des parkings. Rien de cela n’était visible depuis la route. En entrant dans la base, j’ai vu des cailloux disposés en étoile et ces mots : Bem Vindo Colegas do Namibe — Bienvenue, collègues de Namib

Cuba’s involvement in Africa stemmed from its commitment to internationalism, a policy rooted in Humanist and Marxist ideology. Internationalism held solidarity as an ethical obligation—what Fidel Castro called “the duty of revolutionaries”. Between 1975 and 1991, nearly 400 000 Cubans served in Angola supporting the government against US-funded rebel forces and the South African military.

In 1987, Angola’s war reached a decisive point with the Battle for Cuito Cuanavale—one of the longest battles in African history. As in 1975, Cuba’s military reinforcements played a pivotal role in helping the besieged Angolan government maintain its position against rebel troops and the South African military. In 2009, travelling with ex-soldiers through southern Angola, we heard rumours of a Cuban base. So well disguised in the coastal desert that we nearly missed it, the base lay 45 kilometres south of Namibe. It comprised a network of trenches and underground bunkers, all connected by stone-lined paths marking out roads and vehicle parking lots. None of this was visible from the road. As we approached, I saw the pebbled outline of a star with the inscription: “Bem Vindo Colegas do Namibe” — Welcome Colleagues of Namibe.

Vlakplaas: 2 June 1999 (drive-by shooting)

En 1980, la police sud-africaine a établi à Vlakplaas une unité contre-insurrectionnelle clandestine et particulièrement meurtrière, C1. Au cours des années suivantes, cette unité a été responsable d’attentats à la bombe, d’actes de torture et d’assassinats. Son premier commandant était le capitaine Dirk Coetzee ; le dernier, Eugene de Kock. Les deux hommes ont témoigné devant la Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR), où les exactions qui ont eu lieu à Vlakplaas sont apparues publiquement dans toute leur horreur.En 1999, j’ai visité l’endroit dans le but de réaliser une œuvre pour l’exposition « Truth Veils », qui accompagnait une conférence de la CVR à l’université Wits. Après avoir traversé en voiture la campagne paisible, je suis arrivée à la petite ferme : une pelouse, un projecteur, une clôture grillagée, le bâtiment. Rien de plus.

J’y suis revenue le jour des deuxièmes élections démocratiques en Afrique du Sud. Munie d’un Holga en plastique dont j’avais retiré le mécanisme de prise de vue, j’ai laissé se dérouler la totalité de la pellicule en une séquence continue — l’équivalent photographique d’un drive-by shooting, une fusillade depuis un véhicule en mouvement, mode opératoire de l’unité C1.

En 2000, j’ai reconfiguré cette œuvre à l’occasion de l’exposition « Kwere Kwere: Journeys into Strangeness ». J’ai filmé la séquence photographique en vidéo, en y ajoutant des extraits sonores du témoignage de Coetzee devant la CVR et d’un entretien du président F. W. de Klerk avec le journaliste Max du Preez.

In 1980, the South African Police bought a farm called Vlakplaas and established C1, a counterinsurgency unit that operated as a covert death squad, responsible for bombings, torture and assassinations. Captain Dirk Coetzee was C1’s first commander; Eugene de Kock was its last. Both testified at the Truth and Reconciliation Commission (TRC), where the full horror of Vlakplaas was publicly exposed.

In 1999, I visited Vlakplaas to make a work for Truth Veils, an exhibition accompanying a TRC conference at Wits University. Driving through the quiet countryside, I came to the small-holding: there was a police light, a patch of lawn and a farmhouse. That was it. I was stunned by the failure of that place to live up to the image it had evoked in my imagination.

I returned on the day of South Africa’s second democratic elections. Using a plastic Holga camera, I removed the framing device, allowing the entire roll of film to be exposed in one continuous sequence—the photographic equivalent of a drive-by shooting, the modus operandi of many C1 operatives.

In 2000, this work was reconfigured for the exhibition, Kwere Kwere: Journeys into Strangeness. I filmed the photographic strip onto video and used excerpts from Dirk Coetzee’s testimony at the TRC hearings and an excerpt from interview between president FW de Klerk, and newspaper editor, Max Du Preez.

End of Time 1996-1999

En janvier 1996, j’ai effectué un aller-retour entre Johannesburg et Le Cap. Je me suis alors livrée à un exercice conceptuel, un inventaire photographique de la nationale N1 qui consistait à prendre une photo à travers le pare-brise tous les cent kilomètres. Ainsi, j’ai réduit un voyage de 1 400 kilomètres à vingt-huit photographies.

Sur le chemin du retour, dans le Karoo, quelque part entre les villes de Beaufort West et Richmond, j’ai aperçu trois ânes dans un fossé qui longeait la route. Ils avaient été tués par balle. Cette zone est connue pour être un territoire arpenté par la communauté des Karretjie, gens du voyage qui, à bord de chariots tirés par des ânes, cherchent du travail de ferme en ferme. Je ne suis pas parvenue à trouver d’informations sur ces ânes abattus, mais des articles de presse évoquaient les salaires de misère, la hausse du chômage, les menaces d’expulsion.

L’exposition « End of Time » s’est tenue tout près de là, à Nieu-Bethesda. Dans la galerie étaient exposées les vingt-huit photographies de la route et le portrait grandeur nature d’un des ânes morts.

In January 1996, driving from Johannesburg to Cape Town and back, I undertook a photographic inventory of the N1 national road, taking a picture through the car windscreen, every 100 kilometres, which reduced the 1,400-kilometre journey to 28 photographs.

On my return, somewhere between the Karoo towns of Beaufort West and Richmond, I came across three donkeys lying in a gully alongside the road. They had been shot. The area is known as the travelling ground of an itinerant people, the Karretjie Mense, who move with donkey carts from farm to farm, seeking work mainly as sheepshearers. Although I found no information about the shooting, reports spoke of low wages, declining employment and threats of eviction.
The exhibition End of Time came together as a series of events in nearby Nieu-Bethesda. The gallery presentation comprised the 28 photographs of the road and a life-size portrait of one of the dead donkeys.

Landscaping 2022-2024

En 2022, j’ai décidé de retourner sur les lieux où, quarante ans plus tôt, j’avais réalisé mes premières photographies : la côte ouest de l’Afrique du Sud. Partie du Cap, j’ai pris la route du nord, celle du Namaqualand et du fleuve Orange, à la frontière namibienne. J’ai traversé des bourgs agricoles, des villages de pêche et des colonies minières dispersées dans des paysages désolés.

Dans Landscape and Power (2002), W. J. T. Mitchell soutient que l’on devrait considérer le mot landscape (paysage) non pas comme un nom mais comme un verbe, car ce qu’il désigne façonne autant qu’il est façonné par des pratiques sociales et politiques. Sa proposition m’a permis de repenser ce genre pictural, de prendre mes distances avec le point de vue panoramique de mes œuvres antérieures pour adopter un registre plus abstrait, en étudiant les conséquences de l’exploitation commerciale.

Après plus d’un siècle d’extraction à l’échelle industrielle, le territoire est dévasté. Par exemple, à Okiep, les anciens sites miniers n’ont toujours pas été réhabilités, les résidents doivent vivre avec les eaux et les sols contaminés.

Mes œuvres précédentes traitent de l’inscription de la violence passée dans le paysage actuel, tandis que ces images évoquent un autre genre de dommage : ce que Rob Nixon appelle, dans son livre Slow Violence and the Environmentalism of the Poor (2011), « une destruction différée, dispersée dans le temps et l’espace […] et qu’en règle générale on ne perçoit pas du tout comme une forme de violence ».

In 2022, I revisited places where I had made my first photographs forty years earlier–South Africa’s west coast. From Cape Town, I travelled north to Namaqualand and the Orange River at the Namibian border. I drove through farming towns, fishing villages and mining settlements scattered across desolate stretches of landscape ravaged by extraction.

In Landscape and Power (2002), WJT Mitchell proposes that landscape should be considered a verb rather than a noun—an active force that shapes and is shaped by social and political practices. This perspective offered me a way to rethink the genre and term, “landscape”; to move away from the panoramic viewpoints of my earlier work towards a more abstracted register of the fallout from commercial exploitation.

Over a century of industrial-scale mining has left a blighted countryside. For example, in Okiep, mining sites remain unrehabilitated; residents live with contaminated soil and water. Whereas my earlier work traced past violence inscribed in the present-day landscape, these images confront a different form of harm; what Rob Nixon terms in his book Slow Violence and the Environmentalism of the Poor (2011) — a “delayed destruction dispersed across time and space… typically not viewed as violence at all”.

The Garden 2024­-2026

En 2024, alors que je prenais des photos à Saint Helena Bay, j’ai fait un détour en longeant le port. Je suis tombée sur un très curieux jardin. Il contenait un agencement d’ornements, de figurines et de meubles — des objets qui, pour la plupart, avaient été récupérés à la décharge du coin. Cela m’a rappelé les parcs communautaires des années 1980 : à cette époque, les comités des townships avaient lancé des campagnes de nettoyage pour transformer en jardins des coins laissés à l’abandon et des terrains vagues envahis par la végétation, appelés people’s parks. Depuis, j’ai visité de nombreuses villes de la côte, à la recherche de ces jardins personnels et des histoires qu’ils recèlent.

Les habitants de la Côte Ouest et du Namaqualand voient leurs vies et leurs moyens de subsistance de plus en plus menacés, au nord par l’extraction minière, et au sud par le développement de l’immobilier touristique et des complexes résidentiels sécurisés.

Ces jardins apparaissent comme un geste de défi, la manifestation d’un refus féroce. Il y a des jardins qui contiennent un monde, ou qui en créent un — c’est le terrain de jeu conçu par Mariska Prins pour ses enfants, peuplé de créatures fantastiques fabriquées avec des pneus de récupération. D’autres sont l’expression d’une démarche artistique, tels les agencements surréalistes de Nicholene Dampies. D’autres encore sont affaire de rituel et de beauté, comme le lit de roses de Petrus Mannel, enseignant à la retraite.

Photographing in St Helena Bay in 2024, I took a detour past the harbour and came across a most curious garden, situated opposite the last line of houses beside the path to the beach. The assemblage of ornaments, figurines and salvaged furniture—much of it retrieved from the local dump—reminded me of 1980s community parks, where township committees implemented clean-up campaigns, transforming neglected corners and overgrown lots into gardens—people’s parks, as they became known. I have since visited many towns along the coast, seeking out peoples’ gardens and uncovering the stories behind their making.
The lives and livelihoods of many West Coast and Namaqualand communities are increasingly threatened by industrial-scale mining from the north and holiday developments and gated estates from the south.
These gardens appear as acts of defiance, expressions of fierce refusal. So what makes a garden? A garden may contain a world, or even create one—like the fantastical playground creatures Mariska Prins crafted for her children out of car tyres. Some gardens are expressions of artistic endeavour, such as Nicholene Dampies’ surrealist assemblages. Others are about ritual and beauty—like retired teacher Petrus Mannel’s rose bed.

Chronologie / Timeline

Cette chronologie, couvrant une période allant de 1949 à 2002, fournit quelques informations sur des sujets qui sous-tendent l’œuvre de Jo Ractliffe. Elle met en lumière des évènements marquants de l’histoire de l’Afrique du Sud de l’apartheid, de la guerre d’indépendance de la Namibie et de la guerre civile en Angola. Elle fait aussi état de jalons de l’histoire de la photographie sud-africaine, étroitement liée à la lutte pour une démocratie non raciale.

This timeline, spanning 1949 to 2002, provides a brief background to the issues that underpin Jo Ractliffe’s work. It highlights important events in South Africa’s history under apartheid, as well as Namibia’s War of Independence and Angola’s civil war. It also marks significant moments in South African photography, a practice closely aligned with the struggle for a non-racial democracy.

En Afrique du Sud
En Angola / Namibie

In South Africa
In Angola / Namibia

1949
Création de Zonk!, magazine pionnier de la culture populaire et du journalisme visuel noirs.

Zonk!, a pioneering magazine of Black popular culture and visual journalism is launched.

1950
Le Group Areas Act (loi sur les zones réservées) instaure la ségrégation résidentielle et professionnelle et autorise l’expulsion forcée de certaines communautés.

The Group Areas Act designates segregated residential and working zones, enabling the forced removal of communities.

1951
Création du magazine Drum. Axé sur la vie et la culture urbaines noires, il lance une nouvelle génération d’auteurs et de photographes, tels qu’Ernest Cole, Bob Gosani et Peter Magubane.

Drum magazine, focusing on Black urban life and culture, is launched introducing a new generation of Black writers and photographers, notably Ernest Cole, Bob Gosani and Peter Magubane.

1952
Le Native Laws Amendment Act (loi portant amendement des lois relatives aux autochtones) renforce le dispositif juridique – dont une partie remonte à 1923 – restreignant le droit des personnes noires à vivre, travailler et se déplacer dans les zones urbaines. Celles qui sont âgées de plus de 16 ans devront pouvoir produire un permis de circuler (dompas).

Native Laws Amendment Act strengthens existing laws, dating back to 1923, restricting the rights of Black people to live, work and move in urban areas, requiring pass books (dompas) for those over the age of sixteen.

1956
Mabel Cetu, première photojournaliste noire d’Afrique, publie dans Zonk!

Mabel Cetu, South Africa’s first Black woman photojournalist, contributes to Zonk!

1958
Peter Magubane est le premier photographe noir à recevoir le prix annuel de la photographie de la presse sud-africaine.

Peter Magubane becomes the first Black photographer to win the South African Press Photo of the Year award.

1960
Massacre de Sharpeville : la police tue soixante-neuf personnes manifestant contre le permis de circuler.

Fondation de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO), qui vise à émanciper le pays de la domination sud-africaine. Elle est dirigée par Sam Nujoma.

Sharpeville Massacre: police kill sixty-nine people protesting against the Pass Laws.

The South West African People’s Organisation (SWAPO) is formed under Sam Nujoma, with the aim of pursuing independence from South African rule.

1961
À la suite du référendum de 1960 (auprès d’un électorat exclusivement blanc), l’Afrique du Sud devient une république et se retire du Commonwealth.

Début de la guerre d’indépendance de l’Angola.

Following a referendum of White voters in 1960, South Africa is declared a republic and withdraws from the Commonwealth.

The Angolan War of Independence begins.

1966
Attaque de la SWAPO contre les forces sud-africaines. Début de la guerre de libération de la Namibie, aussi connue sous le nom de « The Border War » . Elle durera vingt-trois ans.

SWAPO launches an attack against South African forces, marking the start of the twenty-three-year Namibian War of Liberation/Border War.

1967
Ernest Cole s’exile aux États-Unis. Il publie House of Bondage, dans lequel il documente les différentes facettes de l’apartheid. L’ouvrage est interdit en Afrique du Sud.

Le service militaire devient obligatoire pour les hommes blancs de plus de 16 ans.

Ernest Cole goes into exile in the United States and publishes House of Bondage, an extensive exposé of apartheid. The book is banned in South Africa. Military conscription becomes compulsory for White males over the age of sixteen.

1968
Le Sud-Ouest africain est officiellement renommé « Namibie » par les Nations unies.

South West Africa is officially renamed Namibia by the United Nations.

1971
L’ONU adopte la résolution 301, qui déclare illégale la présence de l’Afrique du Sud en Namibie et exige son retrait. L’Afrique du Sud fait fi de cette résolution.

The United Nations passes Resolution 301, declaring South Africa’s presence in Namibia illegal and demands its withdrawal; South Africa ignores the resolution.

1973
Les résidents de Riemvasmaak sont expulsés de force en raison des lois raciales et déplacés dans des régions lointaines telles que la Namibie et le homeland de Ciskei, dans la province du Cap-Oriental.

Residents of Riemvasmaak are forcibly removed according to racial classification and relocated to distant regions such as Namibia and the Eastern Cape homeland of Ciskei.

1974
Un coup d’État militaire met fin à la dictature au Portugal, qui renonce à ses colonies africaines.

A military coup in Portugal ends the dictatorship and its colonial rule in Africa.

1975
Malgré les lois restreignant la liberté de circulation et de résidence des personnes noires, le township informel de Crossroads, à proximité du Cap, se développe rapidement.

Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Front national de libération de l’Angola (FNLA) se disputent le contrôle de la capitale, Luanda. Les rivalités s’exacerbent à l’approche de l’indépendance.

L’Afrique du Sud envahit le Sud du pays pour soutenir l’UNITA et le FNLA ; Cuba envoie des troupes en appui du MPLA à Luanda.

Le leader du MPLA, Agostinho Neto, déclare l’indépendance le 11 novembre. La guerre civile éclate.

Despite laws restricting the movement and residency of Black people, the informal settlement of Crossroads near Cape Town expands rapidly.

The Popular Movement for the Liberation of Angola (MPLA), the National Union for the Total Independence of Angola (UNITA) and the National Liberation Front of Angola (FNLA) vie for control of the capital, Luanda, as independence draws near.

South Africa invades southern Angola to support UNITA and FNLA; Cuba sends troops to assist the MPLA in Luanda.

MPLA leader, Agostinho Neto, declares independence on 11 November; civil war breaks out.

1976
Soulèvement de Soweto : des milliers d’élèves manifestent contre l’imposition de l’afrikaans comme langue d’enseignement. La police tue cinq cent soixante-quinze personnes et en blesse environ un millier d’autres.

Soweto Uprising: thousands of school pupils protest Afrikaans as the medium of instruction; police violence leaves a reported 575 people dead and over 1,000 wounded. 

1978
Les parachutistes sud-africains attaquent Cassinga, dans le Sud de l’Angola, faisant six cents morts parmi les réfugiés namibiens, en majorité des femmes et des enfants.

South African paratroopers attack Cassinga, in southern Angola, killing 600 Namibian refugees, mostly women and children.

1979
Création de Koevoet, unité paramilitaire contre-insurrectionnelle de la police du Sud-Ouest africain. Elle se compose d’officiers sud-africains blancs et de pisteurs namibiens noirs.

Koevoet, a paramilitary counterinsurgency unit of the South West African Police, is formed, comprising White South African officers and Black Namibian trackers.

1980
Création d’une unité contre-insurrectionnelle secrète de la police. Elle s’installe à Vlakplaas, à proximité de Prétoria.

A secret police counterinsurgency unit, C1, is established at Vlakplaas outside Pretoria.

1982
Fondation du collectif de photographes Afrapix, dont le but est de documenter la répression et la violence de l’apartheid. Il compte à peine un tiers de femmes sur une quarantaine de membres.

Plusieurs centaines d’artistes, d’auteurs et de militants se réunissent à Gaborone pour participer à la Conférence pour la culture et la résistance.

Afrapix, a socially engaged photography collective, committed to exposing apartheid repression and violence, is founded. Fewer than a third of its approximately 40 members are women.
The Culture and Resistance Conference is attended by several hundred South African artists, writers and activists in Gaborone; it promotes the idea of culture as a form of resistance.

1985
Un état d’urgence partiel est déclaré dans les régions du Cap-Oriental et de Prétoria-Johannesburg.

A partial state of emergency is declared in the Eastern Cape and Pretoria-Johannesburg area.

1986
L’état d’urgence partiel est levé en mars, mais remplacé en juin par un état d’urgence national, qui ne sera levé qu’en 1990. Vingt mille personnes sont détenues sans procès, et les forces armées occupent les townships. La violence politique fait de nombreux morts.

Tentative de déplacer de force les habitants de Crossroads vers un nouveau township proche du Cap, Khayelitsha. Les résidents résistent et les pouvoirs publics font détruire leurs habitations.

L’exposition et le livre de photos South Africa: The Cordoned Heart sont présentés au Centre international de la photographie à New York.

The partial state of emergency is lifted in March, but replaced by a nationwide state of emergency in June, lasting until 1990: 20,000 are detained without trial; armed forces occupy townships; many people die in political violence.

Attempts to forcibly relocate Crossroads residents to Khayelitsha, a newly created township near Cape Town, lead to resistance and the destruction of people’s homes.

The photographic exhibition and book, South Africa: The Cordoned Heart, are presented at the International Center of Photography, New York.

1987
Début de la bataille de Cuito Cuanavale. Les forces sud-africaines soutiennent l’UNITA contre les forces armées angolaises, soutenues par les troupes cubaines.

The Battle for Cuito Cuanavale begins, with South African forces supporting UNITA against Angolan armed forces supported by Cuban troops.

1988
Les pourparlers de paix en Angola, sous l’égide de la diplomatie américaine, débouchent sur les accords tripartites qui mettent un terme à la guerre de libération de la Namibie.

Angola peace talks, mediated by US diplomacy, lead to the Tripartite Accords, ending Namibia’s Liberation War.

1989
Publication, par les éditions Aperture à New York, de l’ouvrage Beyond the Barricades: Popular Resistance in South Africa.

Fondation, par David Goldblatt, du Market Photo Workshop, école de photographie non raciale proposant des formations aux apprentis photographes, en particulier à ceux dont l’éducation a été entravée par le régime d’apartheid.

Les troupes sud-africaines se retirent de Namibie.

Beyond the Barricades: Popular Resistance in South Africa is published by Aperture in New York.

David Goldblatt founds the Market Photo Workshop, a non-racial photography school offering training to aspiring photographers, particularly those restricted by apartheid education.

South African troops withdraw from Namibia.

1990
Le régime d’apartheid commence à s’effondrer : Nelson Mandela et d’autres prisonniers sont libérés. Des organisations politiques interdites, comme l’ANC, sont de nouveau autorisées.

Le Sud-Ouest africain acquiert l’indépendance sous le nom de Namibie.

La SWAPO remporte les élections démocratiques, Sam Nujoma devient président.

1991
Abrogation du Natives Land Act (loi sur les terres autochtones) de 1913 et du Group Areas Act de 1950.

The 1913 Natives Land Act and 1950 Group Areas Act are repealed.

1992
La communauté de Riemvasmaak dépose une demande de restitution de terres.

En Angola, les élections donnent la majorité au MPLA. Jonas Savimbi, dirigeant de l’UNITA, en refuse le résultat. La guerre reprend.

The Riemvasmaak community files a land restitution claim.

Angolan elections result in MPLA majority; UNITA leader Jonas Savimbi rejects the results and war resumes.

1994
Première élection démocratique et non raciale en Afrique du Sud. Nelson Mandela devient président.

Fin du service militaire obligatoire.

La Commission consultative sur l’allocation des terres recommande de rendre Riemvasmaak à ses anciens habitants.

South Africa’s first democratic, non-racial election; Nelson Mandela becomes president.

Military conscription ends.

Advisory Commission on Land Allocation recommends restoring Riemvasmaak to its former residents.

1995
Création de la Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR). Elle poursuivra ses travaux jusqu’en 2001.

The Truth and Reconciliation Commission (TRC) is established; it concludes its work in 2001.

1996
Eugene de Kock est condamné à deux peines d’emprisonnement à vie, assorties d’une peine de deux cent douze ans de prison pour crimes contre l’humanité.

Eugene de Kock, last commander of the Vlakplaas unit,
is sentenced to two life sentences, plus 212 years,
in prison for crimes against humanity.

2002
En Angola, l’assassinat de Savimbi met fin à la guerre civile.

Savimbi is killed in Angola, bringing the civil war to an end.