Curanderxs
installation vidéo deux cannaux - 21 min. 2024
© Laura Huertas Millan
Exposition
Laura Huertas Millan
Du 08 juin au 19 septembre 2027
Jeu de Paume - Paris
La cinéaste et plasticienne Laura Huertas Millan (Bogotá, 1983) explore les multiples façons dont l’Histoire et les récits s’écrivent à partir des expériences, des savoirs et des rituels de communautés perçues comme marginales. À travers ses films, installations, photographies et performances, l’artiste fait dialoguer archives officielles et témoignages de voix effacées, révélant des contre-récits qui interrogent les formes dominantes de représentation et de transmission de l’histoire.
Nourris par de longues recherches, ses projets posent un regard critique sur les registres du documentaire et de l’ethnographie pour analyser les dynamiques de pouvoir entre l’Europe et les Amériques. La caméra y devient un outil pour détourner le rôle du cinéma – historiquement entendu comme technologie liée à l’extractivisme – et explorer son potentiel fabulateur. C’est dans cette perspective que Laura Huertas Millan développe le concept de « fiction ethnographique » : une notion qui pointe à la fois la dimension construite du savoir anthropologique et le rôle central de la fiction dans sa propre pratique créative.
L’exposition présentée au Jeu de Paume s’articule autour des recherches menées par l’artiste sur la feuille de coca envisagée comme pharmakon – une substance à la fois remède et poison. Plante sacrée depuis des millénaires dans les cultures andines, puis criminalisée à partir du 17e siècle, la coca est explorée ici dans toute la richesse de ses usages traditionnels – monnaie d’échange, divinité, médicament, pratique rituelle – et clairement distinguée de la cocaïne, son dérivé chimique. Les violences et conflits liés au commerce de la coca ont marqué la jeunesse de l’artiste et traversent son œuvre.
Cette réflexion sur les héritages de la guerre et la stigmatisation sociale se prolonge dans ses recherches les plus récentes autour de la boxe anglaise. Laura Huertas Millan y examine comment le ring peut devenir un espace d’émancipation pour des communautés marginalisées, tout en abordant les questions des corps neurodivergents, des pratiques queer et des formes alternatives de résistance et de reconstruction.