Exposition
Polynesia 66, carnet de constellations
de Véronique Caye
Du 17 mars au 17 septembre 2026
Jeu de Paume – en ligne
L’affirmation « Ma peau est un paysage » ouvre le journal de voyage que l’artiste française Véronique Caye a réalisé entre décembre 2024 et janvier 2026. Suivant les traces de son père, qui en 1966 séjourna en Polynésie Française, l’artiste se rend sur ces îles afin d’explorer les liens qui la relient à ces lieux où elle n’a jamais mis les pieds, afin de reconstruire une partie de son histoire familiale.
En 1966, Emmanuel Caye, jeune vétérinaire, part faire son service militaire sur l’atoll de Reao avec pour mission d’analyser la faune marine. Cette même année, l’armée française commence les essais nucléaires dans le Pacifique. Des décennies plus tard, Véronique et son père vont développer de nombreux cancers cutanés qui laisseront des cicatrices sur leurs corps.
À travers des documents privés et officiels, des photographies et des films contemporains ou d’époque, réalisés par l’artiste ou collectés, Polynesia 66 est une enquête qui questionne la persistance de l’histoire nucléaire. Le projet explore l’hypothèse d’un lien entre les pathologies développées par l’artiste et son père et la radioactivité présente dans ces atolls. Pour Véronique Caye, la peau devient une carte où se placent, sous la forme de cicatrices, les traces d’une cartographie atomique qui perdure encore de nos jours. De l’intimité des blessures à la spectacularité des explosions nucléaires en passant par les labyrinthes administratifs que l’artiste doit défricher, ce projet rend visible de manière poétique les enjeux géopolitiques et les marques que l’Histoire dépose sur la microhistoire.
Les images des paysages sublimes qui ponctuent ce carnet dialoguent avec les textes écrits à la première personne par l’artiste racontant son périple alors en quête de la présence de son père en Polynésie. Souvent associés à une iconographie paradisiaque, ces contrées révèlent ici les traces de la radioactivité où coexistent beauté et inquiétude.
La constellation d’Orion traverse le projet : l’artiste souhaiterait en reproduire le tracé sur ses cicatrices, car les noms des essais nucléaires de 1966 correspondent à ceux des étoiles de cette constellation, une des rares à être visible depuis les deux hémisphères. Du macrocosme céleste au microcosme cellulaire, les différents documents recueillis dans ce cahier de voyage exposent une nébuleuse politique, écologique, médicale et personnelle.
Marta Ponsa, février 2026

BIOGRAPHIE
Véronique Caye est réalisatrice, metteure en scène, autrice et photographe. Elle est diplômée de l’Université́ Paris VIII, en réalisation cinématographique à La Fémis (Paris, 2011). En 2015, elle intègre le College-Teatro de la Biennale de Venise sous la direction de Romeo Castellucci.
Elle explore les multiples formes de l’image : documentaires, installations, vidéos, spectacles, photographies. Son travail interroge la place de l’image dans la société́ contemporaine « Tout entière, l’entreprise artistique de Véronique Caye se rassemble autour d’une obsession, celle de la vera icona, l’« image vraie », de l’image qui devient le vrai. ».
Ses films et performances ont été montrés notamment par l’Institut du monde arabe, l’Ircam Centre Pompidou, l’ENS Paris-Saclay, le Théâtre de la Colline, le CNES Observatoire de l’Espace, le Festival d’Avignon, etc. En 2021, elle a publié́ Vera Icona, Abécédaire de l’image scène aux éditions Hématomes et, à l’occasion d’une rétrospective de ses films à la Galerie Analix Forever Genève, le livre Horizon lui est consacré́ aux mêmes éditions par Barbara Polla et Paul Ardenne. Elle vient en outre de publier l’essai Manifeste pour un érotisme existentiel, en collaboration avec Barbara Polla, aux éditions BSN Press (2024), Dar Al Saqi Beyrouth (traduction en arabe 2025) et ADA, au-delà̀ de l’image aux éditions Hématomes 2025.
Véronique Caye est représentée par la Galerie Analix Forever à Genève.