Elle ment de Léna Aguttes, Gennaro Baccari, Maimouna Bah, Mariama Diarra
Elle ment de Léna Aguttes, Gennaro Baccari, Maimouna Bah, Mariama Diarra

Partages d'expérience

Jeu de Paume x Université Paris 8 (2026)

En lien avec Jo Ractliffe. En ces lieux / Out of Place

Dans le cadre du cours «Atelier de recherche-création», les étudiants du Master 1 Industries Culturelles et Créatives de l’Université Paris 8 Vincennes – Saint–Denis ont été invités à développer des cartes-blanches audiovisuelles autour de l’exposition Jo Ractliffe. En ces lieux / Out of Place présentée au Jeu de Paume du 30 janvier au 24 mai 2026.

Les fleurs des cimetières

Les fleurs des cimetières est une poésie visuelle, où le spectateur perd parfois ses repères. Il arrive dans ce village perdu, n’ose pas d’abord entrer. Dans le flou de l’image, il ne sait pas où regarder.  Il fait attention à ses pas, aux branches d’arbres tombées. Aujourd’hui à Goussainville, la nature a repris ses droits. La peinture ne coule plus sur les murs taggués, sauf quand elle est explorée pour ce qu’elle n’est plus.

Goussainville est un lieu de conflictualité, qui témoigne du traumatisme. Comme dans la série As terras do fim do mundo de Jo Ratcliffe, on ne retrouve plus ceux qui ont dû partir. Partir suite à la construction de l’aéroport Charles de Gaulle, traversé tous les jours par des milliers de personnes qui décident de partir et d’autres qui n’auraient pas souhaité le faire.

Par ceux qui viennent trouver refuge et ne le trouvent pas. A Goussainville il y a aussi ceux qui y restent, et ceux qui dorment sous les fleurs qui poussent.

Fragements

Notre court-métrage se concentre sur les surfaces usées de la ville comme autant de supports où le temps, les histoires et les passages ont laissé leurs traces. Dans la même direction que Jo Ractliffe avec la photographie, nous souhaitons questionner notre rapport au temps qui passe et aux traces qu’il nous laisse. Notre réflexion met en tension la persistance de ces traces et la vitesse des corps qui les ignorent, pris dans une cadence urbaine si rapide qu’elle ne laisse pas de place à l’attention. Le contraste fort entre la temporalité longue suggérée derrière ces marques et la précipitation du quotidien souligne l’idée que la ville avance parfois si vite, qu’elle en oublie ce qu’elle abime.

Nina Bergantz – Clarisse Boulo – Axel Arevalo – Raquel Dos Santos

Ce qu’il reste

Une conscience s’éveille dans le silence d’un lieu abandonné. Réduite à un regard, sans corps, elle entame une errance à travers un environnement désolé. Guidée par des sens perdus, obsédants (le crépitement d’une cigarette, le frottement rugueux d’un mur), elle cherche à comprendre sa présence en ces lieux. Ce n’est pas une exploration, mais la répétition d’un traumatisme. Au terme d’un cheminement visuel et sonore distordu, elle découvre sa propre dépouille. Le noir se fait et, de nouveau, elle s’éveille avec une impression de déjà-vu : son âme est condamnée à « revivre » éternellement ces instants.

Léna Aguttes Gennaro Baccari Maimouna Bah  Mariama Diarra

Des Affectés

Alors qu’elle fouille les archives de sa famille dans la cave de leur maison, Abra tombe sur un carnet poussiéreux. Elle parcourt ces pages froissées, noircies de récits d’une vie en transition, de voyages. La photo qui glisse au sol ne trompe pas : il s’agit bien du journal de Brahim, son grand-père. Sa lecture, combinée aux clichés pris par son grand-père, font naître en elle le besoin de marcher sur ses traces. D’en savoir davantage, de parcourir ses mémoires. Munie de ce journal de bord et de ces quelques photos, la jeune femme entame une traversée introspective, familiale et historique en empruntant le parcours de celui qui n’est plus là pour lui raconter l’histoire de ces lieux. Elle sillonne Paris et ses alentours dans le lourd silence de son véhicule, dont les fenêtres reflètent de temps à autre, des bribes de souvenirs. Arrivée à Aubervilliers, elle ère dans ses dortoirs, sa maladrerie. Ses pieds jonchent le sol de ce lieu désaffecté. Elle y ère. Ses sens s’aiguisent, elle devient sensible à chaque fêlure, à chaque bruit, à chaque souvenir. Ces lieux abandonnés, vidés, désaffectés se font, le temps d’une visite, le pont entre elle et cet homme.

Ambre Bennani Zeroual, Jean-Baptiste Dolo, Sherine Chbiki, Capucine Cramard