O Sangue
O Sangue 1989 © Pedro Costa Pedro Costa

Cinéma

Pedro Costa

Rétrospective et carte blanche

Du 14 au 26 juin 2022

Jeu de Paume Paris

Pedro Costa (1958, Portugal) est un cinéaste qui se tient en un endroit unique à la fois puissant et mouvant du cinéma, à la jonction entre l’enregistrement documentaire rigoureux, là où « tout est vrai », comme il le dit de son dernier film Vitalina Varela qui vient de recevoir le Léopard d’Or au dernier festival de Locarno- et un projet formaliste où cadrage, durée, lumière, et couleur construisent une mise en scène expressionniste.

Au-delà de l’hommage au cinéaste que constitue l’ensemble de cette rétrospective, cette programmation est aussi l’occasion de donner à voir une œuvre éminemment contemporaine et le parcours d’un artiste pour lequel chaque film semble constituer une aventure intense qui interroge et réinvente le potentiel esthétique, poétique et politique de l’outil cinématographique.

Pour l’immense majorité des cinéastes, et même dans l’esprit des spectateurs, faire du cinéma c’est allumer les projecteurs pour que tout commence, que les acteurs s’avancent et que la magie opère. Pour Pedro Costa, trouver son cinéma, sa méthode, aura voulu dire l’inverse : éteindre la lumière. Une nuit, en plein tournage d’Ossos, la lumière n’a plus de sens, elle est même devenue un contresens. Dans ce quartier pauvre de Fontainhas, près de Lisbonne, qu’il prétend filmer et aimer, les projecteurs de cinéma empêchent les habitants de dormir. Eux qui se lèvent à quatre heures, à cinq heures du matin, la lumière les aveugle, la lumière leur dit que le cinéma passe devant leur sommeil, qu’on s’en fout pas mal de leur fatigue d’ouvriers, de maçons, de femmes de ménage, de vendeurs à la sauvette, de parents ou de grands-parents. Le cinéma s’en fout. Pire, il singe la solidarité, l’empathie. Un gouffre s’ouvre sous les pieds du cinéaste. Une évidence nécessaire : l’adéquation entre un film et son tournage.

Ce que propose le Jeu de Paume c’est, en quelque sorte, de visiter l’atelier du peintre, ses œuvres de jeunesse, ses esquisses, ses travaux préparatoires, ses recherches parallèles, ses influences aussi – dans le cadre d’une carte blanche alliant, entre autres, son ancien professeur et mentor António Reis à l’icône du cinéma Novo, Paulo Rocha.

Programmation : Pedro Costa et Antoine Thirion.
Cycle organisé en coproduction avec la Fondation Calouste Gulbenkian, Paris.

En partenariat avec la Saison France – Portugal 2022.