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INFO

Le Jeu de Paume est actuellement fermé en raison du montage des expositions Fragile beauté. Photographies de la collection de Sir Elton John et David Furnish et Madeleine de Sinéty. Une vie. Réouverture le 12 juin.

Archive magazine (2009 – 2021)

« Ali Kazma. Souterrain » : le montage d'une exposition

Ali Kazma : « Pour moi, le travail se fait en quatre étapes : la phase préparatoire avant le tournage, le tournage, le montage et l’édition de la vidéo, et enfin sa présentation dans un espace. Ces quatre moments sont constitutifs de mon travail. Il est donc indispensable que je sois présent lors de l’installation et de la mise en espace de mes œuvres. L’inverse n’est pas envisageable.
C’est très important que je sois présent lors de l’installation pour penser les liens et les rapports entre les œuvres. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir être au Jeu de Paume 10 jours d’affilée pour penser cette présentation de mon travail. Avec toute l’équipe, nous avons utilisé tout ce temps pour vivre avec l’espace, avec les œuvres. »

Vues du montage de l'exposition « Ali Kazma. Souterrain » au Jeu de Paume. Photographies Adrien Chevrot, 2017. Premier jour de montage de l'exposition « Ali Kazma. Souterrain ». Les vidéoprojecteurs sont d'abord installés sur des tables pour commencer à répartir les œuvres dans les espaces. Marta Gili, directrice du Jeu de Paume, fait un premier tour des salles en compagnie de l'artiste. Ici devant le bunker abandonné d'Absence, diptyque vidéo HD, couleur, son, 10 min, en boucle.
Objet trouvé sur le montage de l'exposition.

Alain Tanguy, régisseur audiovisuel : « Cet objet est une lampe de videoprojecteur dont je reconnais le modèle : il s'agit du Panasonic PTF-300. J'avais changé cette lampe qui arrivait en fin de vie il y a quelques mois, et elle était restée dans le panier de la nacelle qui nous permet d'accéder au plafond et aux projecteurs…
Maintenant cette lampe usée se trouve à la poubelle ! »
Ali Kazma : « C'est le plan de la salle 6, celle avec tous les écrans télé. Avec la commissaire de l'exposition, Pia Viewing, il nous a fallu beaucoup de temps pour décider combien de vidéos seraient montrées ici, lesquelles, selon quelle répartition dans l'espace... Nous avions également un doute sur les dimensions des écrans : est-ce que nous utilisions uniquement des 55 pouces (139 cm) ou est-ce que nous en ajoutions aussi des plus petits ? Dans cette pièce il était important pour nous de créer un équilibre entre l'espace et le corps, sans privilégier l'un ou l'autre. Parmi les 60 vidéos que nous avions à disposition, nous avons essayé de créer un équilibre avec les sept vidéos sélectionnées, les quatre murs de la salle et l'entrée. Beaucoup de combinaisons possibles ! Ce qui est écrit sur ce carnet ne correspond pas tout à fait à ce que le public trouvera dans cette salle ! »
Peinture de la salle 7, où est projetée la vidéo d'Ali Kazma, Tea Time [L'heure du thé], 2017. Triptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 7 min 17 s.
Pia Viewing, commissaire de l'exposition : « Dans l'ensemble nous avons déplacé peu de pièces par rapport au plan originel. Mais c'était intéressant de travailler à la fois avec des écrans et des projections. Les écrans ont un rôle important. Leur usage dépend bien sûr de nos choix concernant les dimensions mais surtout aussi d'un “type” de vidéos : Tattoo, Studio Ceramist et Taxidermist sont des vidéos issues des séries Obstructions et Resistance, qui montrent des gestes en train de se faire. Ali Kazma m'expliquait son intérêt profond pour l'artisanat comme pratique qui tend toujours vers l'excellence. Il se sent très concerné par ce lien entre un savoir-faire et la matière. »
Ali Kazma : « Une exposition d'envergure comme celle ci, c'est toujours une épreuve pour un artiste. Quand on participe à une exposition collective ou en galerie, on a une quantité d'espace assez modeste, 100 m2 par exemple. C'est d'ailleurs toujours un très bon entraînement... et j'ai aujourd'hui une certaine expérience de ces volumes d'exposition. Mais travailler au Jeu de Paume était une expérience nouvelle pour moi : comment présenter mes vidéos en gardant l'unité à laquelle je suis attaché dans ces 600 m2, fragmentés en plusieurs salles ? Comment faire pour que chaque vidéo “se sente bien” là où elle est en quelque sorte ?! J'ai beaucoup appris au cours de ce montage et je crois que nous avons trouvé les bonnes solutions pour que les œuvres respirent, communiquent entre elles et s'épanouissent dans les espaces. »
Pia Viewing : « Nous avons introduit une pièce qui n'était pas prévue au départ : Past [Passé], 2012 Diptyque vidéo HD, couleur, son, 15 min, en boucle. Production : Jeu de Paume, Paris.
On a donc repensé la salle où se trouve également House of Letters et Absence. C'est une salle qui produit, ou du moins propose une réflexion sur l'Histoire, de manière différente dans chaque pièce. L'introduction de Past rend l'ensemble plus lisible. À l'origine il y avait deux projections face à face : Absence et Electric, qui se trouve désormais à l'entrée de l'exposition. Nous avons déplacé non pas pour un problème de sens de l'œuvre mais parce que la relation formelle avec Absence était infructueuse. Ça je crois qu'il fallait le voir pour pouvoir s'en rendre compte. »


Hugo, monteur et artiste : « Quand on a débarqué la semaine dernière, on a cherché une méthode simple pour positionner les vidéoprojecteurs, il fallait qu'on fasse un angle droit entre deux murs, et ce carton au sol, on l'a utilisé comme équerre au début. Il traînait, on s'en est servi ! Et puis finalement il s'est avéré que le parquet était hyper droit, donc on l'a abandonné… »
Christophe, monteur d'expositions et photographe, Ali Kazma et Pia Viewing disposent 3 cartons aux dimensions des écrans qui seront ensuite fixés sur le mur à gauche de l'entrée de l'exposition. Il s'agit de déterminer la position exacte de ce triptyque vidéo (disposé verticalement) : Electric [Electrique], 2017, vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 55 s.
Cyril, monteur et réalisateur : « Nous sommes en train de préparer les potences auxquelles seront suspendus tous les vidéoprojecteurs. À l'intérieur, il faut notamment faire passer tous les fils électriques qui alimentent les projecteurs ainsi que tous les câbles HDMI aussi, pour relier les vidéoprojecteurs aux différents lecteurs... Voilà, l'idée c'est que ce soit fonctionnel et le plus propre possible, le plus discret possible. »
Alex, monteur et artiste : « Nous sommes en train d'ajuster les niveaux du triptyque vidéo Tea Time, pour que les horizontales et les aplombs soient justes. On a rencontré quelques difficultés dans cette salle car les “lens shift” (la correction d'objectif) se trouve sur le projecteur. C'est à dire que pour ajuster la position de l'image il faut toucher le projecteur. Or, les potences qui portent les projecteurs sont très sensibles aux manipulations. Donc le projecteur bouge, on perd le niveau mais on est bon en écart... du coup on doit réajuster le niveau et on perd du temps ! Heureusement Mattias, qui est un spécialiste dans le domaine, est arrivé en renfort avec un niveau dernier cri qui envoyait des lasers dans tous les sens pour faire une grille dans toute la pièce. »
Objet trouvé sur le montage de l'exposition “Ali Kazma. Souterrain” au Jeu de Paume


Anne Racine, responsable de la communication et du mécénat : « Quel est cet objet qui ressemble à un petit ovni ou à un fantôme ?! Avec sa forme oblongue, cet objet baptisé « Phantom » intègre sur une seule et même sphère quatre hauts-parleurs de très grande qualité. Il s’agit donc de réunir dans un objet très compact une enceinte sans fil offrant un son ultra dense avec des basses parmi les plus profondes et des aigus ultra précis. Le partenariat que nous avons mis en place entre Devialet et l’exposition d’Ali Kazma au Jeu de Paume est le fruit d’une rencontre avec Constance Jouven qui a tout de suite eu envie de relever le défi. Dans les œuvres d' Ali Kazma, “le son brut est comme ex-filtré du domaine des images. Un son toujours traité par Ali Kazma avec une précision telle qu’il en devient un acteur des images. Le son, pour l’occasion, accompagne fidèlement les images et, dans le même temps, semble pourtant s’en dissocier. Il surligne ce qui est vu, permet de mieux cerner la nature de ce qui est vu, mais sans prendre toute la place.” (Paul Ardenne, « Un regard pensif », in Travaux). Le son du triptyque vidéo intitulé Tea time, une œuvre spécifique installée à la fin de l’exposition « Souterrain » avec les trois enceintes « Phantom » accrochées en hauteur, nous plongent en immersion dans le rythme et la puissance du verre en fusion et dans la cadence de la production mécanique de cette manufacture de vaisselle en verre.

Pia Viewing : « Au niveau du son l'équipe a beaucoup travaillé dans la salle de Tea Time pour faire en sorte que la richesse des différentes prises de son dans les différents endroits où Ali a filmé soit bien restituée. Ali prend le son en filmant, donc c'est vraiment important car c'est l'audio qui permet de rendre l'ambiance de ce moment où l'artiste est en train de travailler. Il n'introduit jamais de sons extérieurs et c'est très rare qu'il coupe sa bande sonore. Donc le son, comme l'image, est travaillé de manière très intègre. »
Hugo, monteur et artiste : « Ici nous avons une double projection synchronisée. Il faut que les deux images soient exactement de la même taille et au même niveau. Pour House of Letters, chaque image devait être bord au mur. Ces projecteurs permettent d'afficher des mires comme celle-ci. Visuellement c'est plus facile de caler les images avec cette grille qu'avec les images de la vidéo qui sont parfois sombres, parfois claires et qui peuvent tromper l'œil... »
Hugo vérifie les niveaux de House of Letters [La Maison des lettres], 2015. Série Resistance [Résistance]. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 4min 50s.
Pia : « En travaillant avec Ali, j'ai appris comment les vidéos interagissent entre elles. On a pas mal travaillé le choix des œuvres et leur emplacement en amont, mais une fois dans l'espace, il faut composer avec les dimensions réelles et donc travailler concrètement le rapport des vidéos entre elles… Une fois projetée sur le mur, la lumière renvoie elle même de la lumière et du coup éclaire le reste. Il faut donc la gérer. Les cadres noirs qui sont peints autour des vidéos font partie de ce processus. Nous avons dû ajuster la dimension de ces masques noirs en fonction de chaque œuvre, de ses dimensions, de la salle et des autres œuvres environnantes. Ce n'est donc pas en soi un effet esthétique ! Nous avons aussi ajouté des murs gris pour absorber davantage la lumière et optimiser la qualité des projections. »


Ali Kazma : « Pour moi, le travail se fait en quatre étapes : la phase préparatoire avant le tournage, le tournage, le montage et l'édition de la vidéo, et enfin sa présentation dans un espace. Ces quatre moments sont constitutifs de mon travail. Il est donc indispensable que je sois présent lors de l'installation et de la mise en espace de mes œuvres. L'inverse n'est pas envisageable. Toutes ces vidéos forment un corpus, un corps uni selon les combinaisons et associations que j'établis. C'est très important pour moi d'être présent lors de l'installation pour penser les liens et les rapports entre les œuvres. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir être dans le Jeu de Paume 10 jours d'affilés pour penser cette présentation de mon travail. Avec toute l'équipe, nous avons utilisé tout ce temps pour vivre avec l'espace, avec les œuvres. »
Pia et Alan, responsable de l'équipe de montage, devant North [Nord], 2017. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 7 s. Production : Jeu de Paume, Paris, avec le concours de la SAHA Association, Istanbul.

Pia : « Cette exposition présente deux nouvelles pièces, North et Mine spécialement produites en 2017 pour l'exposition et trois pièces très récentes, de 2015 et 2016. Ali, qui se projette dans son œuvre comme dans une archive réajuste et relie les pièces différemment au fur et à mesure. On a cherché à reconstruire une nouvelle proposition à partir des nouvelles pièces. Celles-ci produisent de nouvelles interactions et ajoutent donc de nouvelles données. Le sens se crée continuellement dans ce tissage entre les œuvres. »
Objet trouvé sur le montage de l'exposition “Ali Kazma. Souterrain” au Jeu de Paume

Hugo, monteur d'expositions et artiste : « C'est une scie japonaise. Son intérêt, c'est qu'on coupe en tirant (ses dents sont orientées vers le scieur). Alors qu'avec les scies hegoïnes classiques, on coupe en poussant. Le problème c'est qu'on est moins précis en poussant et il arrive que la lame se torde un peu et le résultat est moins net. La scie japonaise permet une coupe ultra précise et très fine. On l'utilise le plus souvent pour couper du bois ou des goulottes en plastique par exemple. C'est un outil qui appartient à notre équipe et que nous avons apporté sur le montage. »
Hugo et Cyril, devant Subterranean [Souterrain], 2016. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 17 s, et Safe (à droite) [Abri], 2015, série Resistance. Vidéo HD, couleur, son, 3 min 18 s.
Peinture en gris clair du mur de projection de la vidéo Clock Master [Maître-horloger], 2006. Série « Obstructions », vidéo, couleur, son, 15 min 10 s.

Eïmelia Bagayoko, coordinatrice de l'exposition : « Ali a décidé, comme dans la plupart de ses expositions, de projeter ses vidéos à même le mur et dans un cadre noir, qui est peint lui aussi à même le mur. Pour pouvoir peindre ce cadre noir dont les dimensions sont déterminées par la dimension de la projection, on peint d'abord un écran de projection avec de la peinture grise, qui renvoie un maximum de nuances colorimétriques et qui brille moins que du blanc ... C'est le gris qu'on utilise toujours dans les expositions vidéos du Jeu de Paume quand on projette sur le mur. Que ce soit une exposition patrimoniale, ou celle d'un artiste contemporain, c'est toujours ce gris. Pour pouvoir peindre le cadre noir, on doit déjà peindre l'écran en gris clair. Des repères sont posés avec des scotches pour que rien ne déborde. Le plus simple c'est de peindre avec l'image projetée pour voir quelles sont les dimensions réelles de l'image. »
Christophe travaille aux dernières finitions : faire disparaître les fils électriques de l'écran sous une baguette.
En salle 7, Fabrice, régisseur d'exposition et monteur, détermine les dimensions du cadre noir qui viendra absorber un peu de la lumière de Tea Time.
Vues du montage de l'exposition « Ali Kazma. Souterrain » au Jeu de Paume. Photographies Adrien Chevrot, 2017. Premier jour de montage de l'exposition « Ali Kazma. Souterrain ». Les vidéoprojecteurs sont d'abord installés sur des tables pour commencer à répartir les œuvres dans les espaces. Marta Gili, directrice du Jeu de Paume, fait un premier tour des salles en compagnie de l'artiste. Ici devant le bunker abandonné d'Absence, diptyque vidéo HD, couleur, son, 10 min, en boucle.
Objet trouvé sur le montage de l'exposition.

Alain Tanguy, régisseur audiovisuel : « Cet objet est une lampe de videoprojecteur dont je reconnais le modèle : il s'agit du Panasonic PTF-300. J'avais changé cette lampe qui arrivait en fin de vie il y a quelques mois, et elle était restée dans le panier de la nacelle qui nous permet d'accéder au plafond et aux projecteurs…
Maintenant cette lampe usée se trouve à la poubelle ! »
Ali Kazma : « C'est le plan de la salle 6, celle avec tous les écrans télé. Avec la commissaire de l'exposition, Pia Viewing, il nous a fallu beaucoup de temps pour décider combien de vidéos seraient montrées ici, lesquelles, selon quelle répartition dans l'espace... Nous avions également un doute sur les dimensions des écrans : est-ce que nous utilisions uniquement des 55 pouces (139 cm) ou est-ce que nous en ajoutions aussi des plus petits ? Dans cette pièce il était important pour nous de créer un équilibre entre l'espace et le corps, sans privilégier l'un ou l'autre. Parmi les 60 vidéos que nous avions à disposition, nous avons essayé de créer un équilibre avec les sept vidéos sélectionnées, les quatre murs de la salle et l'entrée. Beaucoup de combinaisons possibles ! Ce qui est écrit sur ce carnet ne correspond pas tout à fait à ce que le public trouvera dans cette salle ! »
Peinture de la salle 7, où est projetée la vidéo d'Ali Kazma, Tea Time [L'heure du thé], 2017. Triptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 7 min 17 s.
Pia Viewing, commissaire de l'exposition : « Dans l'ensemble nous avons déplacé peu de pièces par rapport au plan originel. Mais c'était intéressant de travailler à la fois avec des écrans et des projections. Les écrans ont un rôle important. Leur usage dépend bien sûr de nos choix concernant les dimensions mais surtout aussi d'un “type” de vidéos : Tattoo, Studio Ceramist et Taxidermist sont des vidéos issues des séries Obstructions et Resistance, qui montrent des gestes en train de se faire. Ali Kazma m'expliquait son intérêt profond pour l'artisanat comme pratique qui tend toujours vers l'excellence. Il se sent très concerné par ce lien entre un savoir-faire et la matière. »
Ali Kazma : « Une exposition d'envergure comme celle ci, c'est toujours une épreuve pour un artiste. Quand on participe à une exposition collective ou en galerie, on a une quantité d'espace assez modeste, 100 m2 par exemple. C'est d'ailleurs toujours un très bon entraînement... et j'ai aujourd'hui une certaine expérience de ces volumes d'exposition. Mais travailler au Jeu de Paume était une expérience nouvelle pour moi : comment présenter mes vidéos en gardant l'unité à laquelle je suis attaché dans ces 600 m2, fragmentés en plusieurs salles ? Comment faire pour que chaque vidéo “se sente bien” là où elle est en quelque sorte ?! J'ai beaucoup appris au cours de ce montage et je crois que nous avons trouvé les bonnes solutions pour que les œuvres respirent, communiquent entre elles et s'épanouissent dans les espaces. »
Pia Viewing : « Nous avons introduit une pièce qui n'était pas prévue au départ : Past [Passé], 2012 Diptyque vidéo HD, couleur, son, 15 min, en boucle. Production : Jeu de Paume, Paris.
On a donc repensé la salle où se trouve également House of Letters et Absence. C'est une salle qui produit, ou du moins propose une réflexion sur l'Histoire, de manière différente dans chaque pièce. L'introduction de Past rend l'ensemble plus lisible. À l'origine il y avait deux projections face à face : Absence et Electric, qui se trouve désormais à l'entrée de l'exposition. Nous avons déplacé non pas pour un problème de sens de l'œuvre mais parce que la relation formelle avec Absence était infructueuse. Ça je crois qu'il fallait le voir pour pouvoir s'en rendre compte. »


Hugo, monteur et artiste : « Quand on a débarqué la semaine dernière, on a cherché une méthode simple pour positionner les vidéoprojecteurs, il fallait qu'on fasse un angle droit entre deux murs, et ce carton au sol, on l'a utilisé comme équerre au début. Il traînait, on s'en est servi ! Et puis finalement il s'est avéré que le parquet était hyper droit, donc on l'a abandonné… »
Christophe, monteur d'expositions et photographe, Ali Kazma et Pia Viewing disposent 3 cartons aux dimensions des écrans qui seront ensuite fixés sur le mur à gauche de l'entrée de l'exposition. Il s'agit de déterminer la position exacte de ce triptyque vidéo (disposé verticalement) : Electric [Electrique], 2017, vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 55 s.
Cyril, monteur et réalisateur : « Nous sommes en train de préparer les potences auxquelles seront suspendus tous les vidéoprojecteurs. À l'intérieur, il faut notamment faire passer tous les fils électriques qui alimentent les projecteurs ainsi que tous les câbles HDMI aussi, pour relier les vidéoprojecteurs aux différents lecteurs... Voilà, l'idée c'est que ce soit fonctionnel et le plus propre possible, le plus discret possible. »
Alex, monteur et artiste : « Nous sommes en train d'ajuster les niveaux du triptyque vidéo Tea Time, pour que les horizontales et les aplombs soient justes. On a rencontré quelques difficultés dans cette salle car les “lens shift” (la correction d'objectif) se trouve sur le projecteur. C'est à dire que pour ajuster la position de l'image il faut toucher le projecteur. Or, les potences qui portent les projecteurs sont très sensibles aux manipulations. Donc le projecteur bouge, on perd le niveau mais on est bon en écart... du coup on doit réajuster le niveau et on perd du temps ! Heureusement Mattias, qui est un spécialiste dans le domaine, est arrivé en renfort avec un niveau dernier cri qui envoyait des lasers dans tous les sens pour faire une grille dans toute la pièce. »
Objet trouvé sur le montage de l'exposition “Ali Kazma. Souterrain” au Jeu de Paume


Anne Racine, responsable de la communication et du mécénat : « Quel est cet objet qui ressemble à un petit ovni ou à un fantôme ?! Avec sa forme oblongue, cet objet baptisé « Phantom » intègre sur une seule et même sphère quatre hauts-parleurs de très grande qualité. Il s’agit donc de réunir dans un objet très compact une enceinte sans fil offrant un son ultra dense avec des basses parmi les plus profondes et des aigus ultra précis. Le partenariat que nous avons mis en place entre Devialet et l’exposition d’Ali Kazma au Jeu de Paume est le fruit d’une rencontre avec Constance Jouven qui a tout de suite eu envie de relever le défi. Dans les œuvres d' Ali Kazma, “le son brut est comme ex-filtré du domaine des images. Un son toujours traité par Ali Kazma avec une précision telle qu’il en devient un acteur des images. Le son, pour l’occasion, accompagne fidèlement les images et, dans le même temps, semble pourtant s’en dissocier. Il surligne ce qui est vu, permet de mieux cerner la nature de ce qui est vu, mais sans prendre toute la place.” (Paul Ardenne, « Un regard pensif », in Travaux). Le son du triptyque vidéo intitulé Tea time, une œuvre spécifique installée à la fin de l’exposition « Souterrain » avec les trois enceintes « Phantom » accrochées en hauteur, nous plongent en immersion dans le rythme et la puissance du verre en fusion et dans la cadence de la production mécanique de cette manufacture de vaisselle en verre.

Pia Viewing : « Au niveau du son l'équipe a beaucoup travaillé dans la salle de Tea Time pour faire en sorte que la richesse des différentes prises de son dans les différents endroits où Ali a filmé soit bien restituée. Ali prend le son en filmant, donc c'est vraiment important car c'est l'audio qui permet de rendre l'ambiance de ce moment où l'artiste est en train de travailler. Il n'introduit jamais de sons extérieurs et c'est très rare qu'il coupe sa bande sonore. Donc le son, comme l'image, est travaillé de manière très intègre. »
Hugo, monteur et artiste : « Ici nous avons une double projection synchronisée. Il faut que les deux images soient exactement de la même taille et au même niveau. Pour House of Letters, chaque image devait être bord au mur. Ces projecteurs permettent d'afficher des mires comme celle-ci. Visuellement c'est plus facile de caler les images avec cette grille qu'avec les images de la vidéo qui sont parfois sombres, parfois claires et qui peuvent tromper l'œil... »
Hugo vérifie les niveaux de House of Letters [La Maison des lettres], 2015. Série Resistance [Résistance]. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 4min 50s.
Pia : « En travaillant avec Ali, j'ai appris comment les vidéos interagissent entre elles. On a pas mal travaillé le choix des œuvres et leur emplacement en amont, mais une fois dans l'espace, il faut composer avec les dimensions réelles et donc travailler concrètement le rapport des vidéos entre elles… Une fois projetée sur le mur, la lumière renvoie elle même de la lumière et du coup éclaire le reste. Il faut donc la gérer. Les cadres noirs qui sont peints autour des vidéos font partie de ce processus. Nous avons dû ajuster la dimension de ces masques noirs en fonction de chaque œuvre, de ses dimensions, de la salle et des autres œuvres environnantes. Ce n'est donc pas en soi un effet esthétique ! Nous avons aussi ajouté des murs gris pour absorber davantage la lumière et optimiser la qualité des projections. »


Ali Kazma : « Pour moi, le travail se fait en quatre étapes : la phase préparatoire avant le tournage, le tournage, le montage et l'édition de la vidéo, et enfin sa présentation dans un espace. Ces quatre moments sont constitutifs de mon travail. Il est donc indispensable que je sois présent lors de l'installation et de la mise en espace de mes œuvres. L'inverse n'est pas envisageable. Toutes ces vidéos forment un corpus, un corps uni selon les combinaisons et associations que j'établis. C'est très important pour moi d'être présent lors de l'installation pour penser les liens et les rapports entre les œuvres. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir être dans le Jeu de Paume 10 jours d'affilés pour penser cette présentation de mon travail. Avec toute l'équipe, nous avons utilisé tout ce temps pour vivre avec l'espace, avec les œuvres. »
Pia et Alan, responsable de l'équipe de montage, devant North [Nord], 2017. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 7 s. Production : Jeu de Paume, Paris, avec le concours de la SAHA Association, Istanbul.

Pia : « Cette exposition présente deux nouvelles pièces, North et Mine spécialement produites en 2017 pour l'exposition et trois pièces très récentes, de 2015 et 2016. Ali, qui se projette dans son œuvre comme dans une archive réajuste et relie les pièces différemment au fur et à mesure. On a cherché à reconstruire une nouvelle proposition à partir des nouvelles pièces. Celles-ci produisent de nouvelles interactions et ajoutent donc de nouvelles données. Le sens se crée continuellement dans ce tissage entre les œuvres. »
Objet trouvé sur le montage de l'exposition “Ali Kazma. Souterrain” au Jeu de Paume

Hugo, monteur d'expositions et artiste : « C'est une scie japonaise. Son intérêt, c'est qu'on coupe en tirant (ses dents sont orientées vers le scieur). Alors qu'avec les scies hegoïnes classiques, on coupe en poussant. Le problème c'est qu'on est moins précis en poussant et il arrive que la lame se torde un peu et le résultat est moins net. La scie japonaise permet une coupe ultra précise et très fine. On l'utilise le plus souvent pour couper du bois ou des goulottes en plastique par exemple. C'est un outil qui appartient à notre équipe et que nous avons apporté sur le montage. »
Hugo et Cyril, devant Subterranean [Souterrain], 2016. Diptyque vidéo HD, synchronisé, couleur, son, 5 min 17 s, et Safe (à droite) [Abri], 2015, série Resistance. Vidéo HD, couleur, son, 3 min 18 s.
Peinture en gris clair du mur de projection de la vidéo Clock Master [Maître-horloger], 2006. Série « Obstructions », vidéo, couleur, son, 15 min 10 s.

Eïmelia Bagayoko, coordinatrice de l'exposition : « Ali a décidé, comme dans la plupart de ses expositions, de projeter ses vidéos à même le mur et dans un cadre noir, qui est peint lui aussi à même le mur. Pour pouvoir peindre ce cadre noir dont les dimensions sont déterminées par la dimension de la projection, on peint d'abord un écran de projection avec de la peinture grise, qui renvoie un maximum de nuances colorimétriques et qui brille moins que du blanc ... C'est le gris qu'on utilise toujours dans les expositions vidéos du Jeu de Paume quand on projette sur le mur. Que ce soit une exposition patrimoniale, ou celle d'un artiste contemporain, c'est toujours ce gris. Pour pouvoir peindre le cadre noir, on doit déjà peindre l'écran en gris clair. Des repères sont posés avec des scotches pour que rien ne déborde. Le plus simple c'est de peindre avec l'image projetée pour voir quelles sont les dimensions réelles de l'image. »
Christophe travaille aux dernières finitions : faire disparaître les fils électriques de l'écran sous une baguette.
En salle 7, Fabrice, régisseur d'exposition et monteur, détermine les dimensions du cadre noir qui viendra absorber un peu de la lumière de Tea Time.

Programme de la semaine

Expositions

Polynesia 66, carnet de constellations - En ligne

Ed Alcock - Tours

Activités

Polynesia 66, carnet de constellations

Exposition

Ed Alcock

Exposition

Cinéma

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