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Florence Lazar, Confessions d’un jeune militant (screenshot), 2008. Vidéo, production Fort du Bruissin, Francheville avec le soutien du Cnap, Paris.

Archive magazine (2009 – 2021)

Réminiscences d’une vie militante.

Sur ce photogramme issu du film Confessions d’un jeune militant  de Florence Lazar, réalisé en 2008, deux mains s’échangent un livre.




L’une, plus jeune, à gauche, tend le livre à celle qui semble plus âgée, à droite. Elles forment une ligne horizontale au milieu du cadre qui est celle, dans cette œuvre, du lien et de la transmission.


Le titre du livre échangé est Le Tournant obscur, écrit par le révolutionnaire Serge Victor et publié en 1951 à titre posthume. Proche de Trotski, Serge Victor était l’un des plus virulents critique du stalinisme. Cet écrit, parmi bien d’autres, est évoqué dans le film par le père de Florence Lazar, l’homme à droite, dont elle réalise le portrait par l’intermédiaire de sa bibliothèque. Un adolescent (le fils de l’artiste, à gauche) apporte un à un les livres posés au sol à l’homme âgé, selon sa demande. Ils lui servent d’aide-mémoire pour raconter la formation de sa pensée politique. Le « jeune militant » du titre, c’est lui, mais il s’agit aussi d’une référence à la publication s’intitulant Jeune Militant, Bulletin d’information des jeunes socialistes dont la lecture fut déterminante dans son parcours. Si l’élocution est parfois hésitante, le fil de son discours est tenu par la succession d’ouvrages qu’il manipule et qu’il accompagne de commentaires politiques aussi techniques que précis.


La saisie des livres réactive la pensée, les objets redeviennent eux-mêmes vivants à son contact, nous plongeant dans un contexte, une époque, un foisonnement d’idées oubliées des générations suivantes. Si le jeune garçon qui forme avec lui ce duo dégage une nonchalance propre à l’adolescence, il tente de servir au mieux son grand-père. Florence Lazar, le troisième maillon de cette transmission générationnelle, à l’origine du projet bien qu’absente du cadre, trouve aujourd’hui, avec le recul de l’adulte, une forme pour restituer l’histoire politique et personnelle de son père, mêlant littérature, parole et cinéma.


Cécile Tourneur




À propos de l’exposition
Catalogue : Florence Lazar, Tu crois que la terre est chose morte, Ed. Jeu de Paume, Paris, 2019