FERMÉ

Le Jeu de Paume Paris est actuellement fermé. Rendez-vous à partir du 8 juin pour les expositions « Jean Painlevé. Les pieds dans l’eau » et « Marine Hugonnier. Le cinéma à l’estomac ».
Le Jeu de Paume – Tours est ouvert avec l’exposition « Thibaut Cuisset. Loire » jusqu’au 29 mai.

Jeudi 26 octobre 2017. Dork Zabunyan (à gauche) s’entretient avec Ali Kazma, dans le cadre de l’exposition rétrospective “Souterrain”, au Jeu de Paume, Paris. Photo Adrien Chevrot © Jeu de Paume

Archive magazine (2009 – 2020)

Meeting Point #1 : Dork Zabunyan & Ali Kazma [FR/EN]

Le travail filmique d'Ali Kazma est encyclopédique, au sens où il couvre, sur plusieurs continents, un vaste champ d'activités : industriel, médical, administratif, technologique, artistique, physique...



C’est une cartographie en devenir de ce qui nous relie au monde et aux énergies qui le traversent, quel que soit le sentiment que nous éprouvons d’en être séparé. L’artiste explore sans relâche les gestes et les lieux où ces diverses activités se déploient, parfois se chevauchent, souvent se répondent. Notons que le montage des vidéos de Kazma fragmente le réel dans la variété de ses manifestations, que ce réel relève de la main de l’homme, du fonctionnement de machines, ou qu’il se déploie dans un espace délesté du premier et où les secondes sont à l’abandon.
Ce procédé de fragmentation, amplifié dans l’exposition par une pratique rigoureuse de la projection, a une finalité bien précise : offrir un regard neuf sur des espaces que nous croyions connaître ; donner à voir des situations de sorte qu’elles ne soient plus recouvertes de nos habitudes rétiniennes ou sensorielles.
Une double stratégie en résulte au niveau de la fabrication des images. D’une part, une tendance à faire usage presque exclusivement de plans fixes, car un mouvement de caméra, comme l’explique Ali Kazma dans l’entretien qu’il nous a accordé, porte atteinte à la temporalité spécifique d’un lieu, aux temps morts et aux rythmes qui le caractérisent toujours singulièrement. D’autre part, la fragmentation favorise la reconstruction de nos environnements de vie ; elle en offre une « nouvelle dépendance », pour reprendre une expression de Robert Bresson, l’une des sources d’inspiration de Kazma. Comme l’écrit Bresson dans ses Notes sur le cinématographe : « Voir les êtres et les choses dans leurs parties séparables. Isoler ces parties. Les rendre dépendantes afin de leur donner une nouvelle dépendance ». Chez Kazma, cette nouvelle reconfiguration des choses, après les avoir morcelées, a pour effet paradoxal de nous les redonner : la fragmentation restaure ainsi une sorte de continuité avec un dehors hostile oufascinant, obscur ou vivifiant. Elle offre aussi au spectateur de ses films ou au visiteur de ses installations la possibilité de se réapproprier des expériences qu’il ne connaissait pas ou dont il ne soupçonnait pas l’existence. Par contraste, et en parallèle, elle permet de saisir implicitement tout ce qui vient contrarier ce fil déjà ténu nous liant à nos environnements de vie : l’exploitation de l’homme par l’homme, ou de l’animal par l’homme ; un fascisme culturel ou institutionnel ; les ravages de la catastrophe écologique contemporaine. Ali Kazma est comme le taxidermiste de la série Obstructrions : il nous montre successivement l’envers et l’endroit d’une même réalité, dans un ordre qui varie avec chaque spectateur – la beauté latente ou au contraire l’inquiétante dévastation de ce monde-ci, et parfois les deux simultanément.



A portrait of the artist as a taxidermist

Ali Kazma’s films are encyclopedic in that that they cross several continents and cover a wide field of activities: industrial, medical, administrative, technological, artistic and physical. His work is like an ongoing mapmaking process connecting us to the world and the energies that pass through it – raw materials, tattooed skin, a library – never mind what we feel when we are separated from these things.
The artist tirelessly explores gestures and the places where these diverse activities take place, sometimes overlapping and often answering each other. It is noteworthy that the way in which Kazma’s videos are edited fragments the diverse manifestations of reality, whether this reality appertains to the actions of man, the working of machines or whether it is seen in a place from which man is absent and machines have been abandoned. This process of fragmentation, which is amplified in the exhibition setting by Kazma’s rigorous methods of projection, has a very precise purpose: it provides spectators with a new perspective on places they think they know and presents situations in such a way that their perception is no longer affected by retinal or sensory habits. The result is a double strategy in terms of manufacturing images. On the one hand, Kazma tends to almost exclusively use static rather than dynamic shots because camera movement, as Ali Kazma explains in the interview he gave us, detracts from the specific temporality of a place, in other words its ‘down time’ and the very rhythms that both characterize it and make it unique. On the other hand, fragmentation encourages the reconstruction of our living environment offering a “new dependence” to quote Robert Bresson, one of Kazma’s sources of inspiration. As Bresson wrote in his Notes on Cinematography: “See beings and things in their separate parts. Isolate these parts and render them independent in order to give them a new dependence”. In Kazma’s work, this new reconfiguration of things (after he has carved them up) paradoxically gives them back to us: fragmentation restores a sort of continuity with a fascinating, hostile, obscure or invigorating outside world and offers the spectator of his films or visitor to his installations the possibility to know experiences that they hadn’t ever encountered or which they had never imagined even existed. In contrast (and in parallel) fragmentation is a way of implicitly apprehending everything that disturbs the very fine thread connecting us to our living environment: the exploitation of men by men or the exploitation of animals; cultural and institutional fascism; and the ravages of the contemporary ecological catastrophe. Ali Kazma is like the taxidermist from his series Obstructions: he successively shows us two sides of the same reality in an order that changes from one spectator to another – either its latent beauty or, on the contrary, our world’s disturbing state of devastation – and sometimes even both at the same time.

Dork Zabunyan

 

Ali Kazma (1971) was born in Istanbul, graduated from the New School, New York, in 1998 and has been living in Istanbul since 2000. He works with lensbased media. All over the world, he investigates situation, places and structures relating to man’s ability to transform the world.

Dork Zabunyan is Professor in Film Studies at Paris 8 University. His main publications include “Foucault va au cinéma” (Bayard 2011), “Les Cinémas de Gilles Deleuze” (Bayard 2011), “Passages de l’histoire” (Le Gac Press, 2013), and most recently “L’insistance des luttes” (De l’incidence éditeur, 2016). He contributes to Les Cahiers du cinéma, Trafic, Critique and artpress.

Ali Kazma. Subterranean
About Ali Kazma / the bookseller’s choice
Dork Zabunyan, L’insistance des luttes
Ali Kazma and Jean-Michel Frodon : Another Discussion


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