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On rêvera dans le jardin. Photo Adrien Chevrot

Archive magazine (2009 – 2020)

« On rêvera dans le jardin » Une nouvelle de Gabriela Damián Miravete.

Cette nouvelle de l'auteure mexicaine Gabriela Damián Miravete, inédite en français, initie une série de récits d'anticipation et de science-fiction.

[English version]

Ces textes entreront en résonnance avec les expérimentations de la plateforme curatoriale brésilienne aarea, qui présente actuellement « Futurs d’avant », une programmation conçue en collaboration avec l’espace virtuel du Jeu de Paume. Dans cette nouvelle, Gabriela Damián Miravete superpose plusieurs mémoires dans un entrelacs intergénérationel. Au milieu d’un jardin trop idyllique pour être vrai, des hologrammes se promènent, mémoires des jeunes femmes victimes de féminicides au Mexique, programmées dans un but mémoriel et finalement éducatif. Une profonde mélancolie habite ce sanctuaire où les enfants rencontrent une représentation des victimes.

On rêvera dans le jardin

Une nouvelle de Gabriela Damián Miravete,
traduite de l’espagnol (Mexique) par Charlotte Lemoine.

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Les orangers seront chargés de fruits, et leurs fleurs embaumeront la moiteur du jardin ouest. Une brume soyeuse rafraîchira les pointes des herbes hautes qui poussent dans cette prairie. Le soleil se lèvera comme toujours derrière l’amandier et les branches du plus vieil arbre, un vigoureux ahuehuete, s’étendront d’abord vers ses rayons, s’étirant telle une jeune fille. Aux alentours de 9 heures, le jardin se peuplera de silhouettes. Quelques-unes se salueront entre elles. D’autres seront effrayées par la chute d’une orange, et s’éloigneront en riant à l’ombre d’autres feuillages. Certaines encore regarderont en direction de la mer qui, en contrebas de la pente surélevant le jardin, rugira sur la plage et s’étendra jusqu’à se hisser dans le ciel gris-bleu.
Les assistants s’assureront que tout est prêt pour accueillir les visiteurs, puisqu’en milieu de matinée plusieurs groupes de petites classes arriveront avec leurs enseignants – pour partie encore en formation. Ils descendront des véhicules entre petits cris d’excitation et trébuchements. L’Apprenti maître les mettra en garde : « Ne courez pas ! » en portant, dans ses bras, une petite fille qui se sera endormie pendant le trajet, la bouche entrouverte et les joues rougies.
La Gardienne du jardin, souriante vieille femme à la démarche assurée malgré la canne qu’elle utilise, donnera aux assistants les recommandations habituelles : épauler à chaque instant les apprentis maîtres, accompagner les enfants dans leurs émotions, préparer les en-cas pour 14 heures, proposer de l’eau à boire toutes les heures. Puis elle pressera le pas pour venir prendre la tête d’une longue file d’enfants chantant fort et faux en une joyeuse procession empruntant l’allée de galets qui mène au jardin ouest. Plusieurs d’entre eux n’arriveront pas à suivre, une fillette se laissera distraire par un lézard caché sous une pierre, et l’Apprenti maître devra à nouveau les guider sur le chemin en donnant le rythme. Les petits pas résonneront à l’unisson sur les cailloux. Des rires enfantins flotteront dans l’air, se mêlant à une odeur de miel et à l’arrière-goût salé de la brise. La température sera idéale, d’une douceur apaisante.
Parvenu devant les hautes grilles en laiton qui protègent le jardin, le cortège s’immobilisera. Deux ou trois maîtresses continueront à occuper les enfants, les autres viendront écouter les recommandations d’une des assistantes.
« – Comme vous le savez, l’idée est de laisser les enfants interagir avec elles et d’intervenir uniquement quand c’est nécessaire. Inutile d’appréhender leurs réactions ou de tenter de les contenir, elles font partie du processus éducatif. Nous serons là, et attentives à leurs besoins, à tout moment. »
[…]
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Le Jeu de Paume remercie l’auteure pour son aimable et généreuse collaboration.


Gabriela Damián Miravete est une écrivaine, éditrice et scénariste mexicaine. Également journaliste, elle écrit sur la littérature et le cinéma pour des magazines telles que Letras Libres, Lee +, Cine Premiere et Confabulario. Son œuvre littéraire est principalement connue et diffusée au Mexique et aux États-Unis. Son livre d’histoires pour enfants La tradición de Judas [La tradition de Judas], illustré par Cecilia Varela, a reçu le Premio de Cuento en la Feria del Libro Infantil y Juvenil de la Ciudad de México. En 2010, elle a remporté une bourse Jóvenes Creadores pour l’écriture et a ainsi pu composer le recueil de nouvelles Pequeños naipes de ópalo [Petites cartes d’opale à jouer]. En 2012, elle a été finaliste du World Fantasy Award pour sa nouvelle Future Nereid, qui a été publiée dans l’anthologie Three Messages and a Warning. Ses essais et nouvelles sont traduits en anglais et en portugais.